Economie

La flexibilité sert les entreprises, mais défie les travailleurs, avertit le BIT

Industrie. Les délégués de 24 pays ont planché cette semaine, dans le cadre du Bureau international du travail, sur les nouvelles pratiques mises en place dans l'industrie mondiale des machines. Objectif: harmoniser l'homme et la machine

Dans l'industrie des machines, flexibilité du travail et compétitivité vont de pair, soulignent les experts du Bureau international du travail (BIT) dans un rapport rendu public lundi dernier. Mais si nombre de syndicats font pression pour obtenir réduction du temps de travail, sécurité de l'emploi et moyens de lutte contre le chômage, certains employeurs, en cherchant à assouplir le marché du travail, reviennent sur des mesures de protection sociale difficilement acquises. Dans ce rapport qui sert de base à une réunion de délégués – syndicaux et employeurs – de 24 pays (y compris la Suisse), tenue toute cette semaine à Genève, le BIT place en fil rouge le fait que les réaménagements drastiques de la production opérés durant ces dernières années ont bouleversé une organisation du travail établie depuis des décennies et qu'ils ne sont pas sans effets néfastes sur la vie des employés. Dans un secteur où l'emploi mondial dans la branche, entre 1980 et 1992, a progressé de 12%, soit 4,6 millions d'emplois supplémentaires, les travailleurs de pays à forte «densité» mécanique, tels que l'Allemagne, les Etats-Unis ou le Japon, sont les premiers touchés par ces bouleversement. Les pays en développement ne sont toutefois pas épargnés, relève encore le BIT, puisque la construction mécanique a fortement recours à la délocalisation dans les pays à faible revenu. Ces derniers fourniraient 32% de la main-d'œuvre, contre 8% pour les Etats-Unis. Quant aux pays de l'OCDE, les experts estiment que l'emploi y a régressé de quelque 400 000 postes, durant la même période. C'est dans le secteur des machines électriques – qui privilégie les emplois de moyenne et haute technologie et une main-d'œuvre qualifiée – que les pays de l'OCDE à revenu élevé ont connu la plus forte croissance de la production et de l'emploi. C'est également dans ces pays que la durée du travail et le recours aux heures supplémentaires a le plus fortement régressé. Et pour cause: on connaît les tentatives – plus ou moins fructueuses – faites actuellement pour y introduire diverses formules de flexibilité du temps de travail. A travers ces formules novatrices, résume le BIT, les entreprises recherchent un abaissement des coûts salariaux, alors que les employés, pour préserver l'emploi, cèdent sur la souplesse des horaires et de la rémunération. A voir. En Suisse, l'introduction de nouveaux aménagements du temps de travail fait l'objet d'âpres négociations.

38 heures en 2000

Dans une branche qui compte quelque 350 000 employés, dont 130 000 soumis à la CCT, la FTMH réclame l'équivalent d'une semaine de 39 heures, dès l'an prochain, et de 38 heures en 2000, plus une semaine supplémentaire de vacances. Les entreprises ont finalement cédé sur une annualisation du temps de travail à 2080 heures, un «compte capital-temps», système de cumul d'heures supplémentaires et cinq semaines de vacances. Le tout devrait permettre d'augmenter le temps d'exploitation des machines tout en préservant l'emploi. Mais pas davantage, a dit le patronat. En juin dernier, la FTMH, Syndicat de l'industrie, de la construction et des services, refusait les termes de la nouvelle Convention collective de travail (CCT), entrée en vigueur en juillet dernier, au terme de sept mois de négociations. Quelques semaines plus tard, elle s'y ralliait finalement. De son côté, la Fédération des associations suisses d'employés des industries mécanique et électrique (VSAM), a ratifié la nouvelle CCT. Mais, à quelques jours des négociations salariales entre patrons et employés, elle vient de revendiquer une hausse générale des salaires de 2% (lire Le Temps du 28 octobre). Plus globalement, l'intérêt pour la flexibilité du temps de travail s'est accru avec la montée du chômage, constatent les experts du BIT. Se fondant sur un rapport de l'OCDE, ils ébauchent trois grandes tendances: celle des pays anglo-saxons où prédominent les objectifs financiers à court terme. Les entreprises y ont davantage recours aux contrats à temps partiel ou temporaires. Celle du Japon, plus consensuelle, mais axée sur l'entreprise. Les objectifs y sont définis en terme de développement technologique et de parts de marché, plutôt qu'en termes de résultats financiers à court terme. A l'instar des pays d'Europe continentale où, selon le BIT, les entreprises perpétuent la tradition du consensus. Où les systèmes de formation investissent dans l'élaboration d'une base solide de compétences pour favoriser l'adaptabilité des travailleurs. Exemple: l'Allemagne, où les entreprises modulent depuis longtemps les horaires en fonction des besoins, de nouveaux accords d'entreprises permettent de maximiser le temps de travail lors de périodes de pointe, contre davantage de souplesse dans les horaires et une semaine de 35 heures. En France, les accords collectifs ont abouti à un système de crédit d'heures: les employés peuvent accumuler primes, bonifications ou congés annuels pour les heures supplémentaires. L'annualisation du temps de travail séduit en Europe, mais d'autres «formules magiques» voient le jour. Et le BIT de citer le «travail limité aux fins de semaine», qui permet aux employés de travailler deux journées de 12 heures en fin de semaine (samedi et dimanche), en étant payés l'équivalent de 38 heures, au même titre que ceux travaillant la semaine. L'entreprise fonctionne sept jours sur sept. Autre «nouveauté», le «système à deux postes par roulement» qui permet aux entreprises d'augmenter à 92 heures hebdomadaires la durée d'exploitation des équipements. Plus généralement, c'est à travers la progression constante de l'emploi temporaire, notamment chez les hommes, que le BIT fait état de profondes mutations dans l'industrie des machines. Phénomène plus grave, c'est ce même travail temporaire qui aujourd'hui constitue la voie normale d'entrée en activité pour les jeunes. Quant au travail à temps partiel, il y est moins développé dans cette branche: il est l'apanage des femmes et celles-ci y sont peu nombreuses.

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