Cet article fait partie d’une série consacrée aux meilleurs recruteurs de Suisse réalisée en partenariat avec la «Handelszeitung». Les cabinets de recrutement ont été classés par catégorie, selon un sondage effectué auprès de responsables RH d’entreprise, de recruteurs externes et de candidats.

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Le secteur du travail temporaire a enregistré un premier semestre 2018 extraordinairement favorable. Durant le premier trimestre, il a même pu afficher une croissance de 15,3% en termes d’heures de travail fournies, par rapport à la même période de l’année précédente. Après ce pic, la croissance s’est toutefois progressivement ralentie, pour atteindre 4% au quatrième trimestre. Sur l’ensemble de l’année, le secteur a tout de même réalisé une croissance remarquable de 8,4%. «L’évolution annuelle reflète la situation économique de la Suisse. Actuellement, la conjoncture en baisse prétérite le secteur, tout comme la transformation des postes temporaires en postes fixes – ce à quoi s’ajoute un marché de l’emploi asséché», explique Marius Osterfeld, de Swissstaffing, l’association des services suisses de l’emploi.

Si l’on considère les chiffres du groupe Adecco, le leader mondial du placement avec quelque 24 milliards de francs de chiffre d’affaires, la Suisse s’en sort jusqu’ici plutôt bien. Chez Adecco, la croissance n’a cessé de diminuer au cours de l’année 2018, et a même atteint un chiffre négatif (-1%) durant le dernier trimestre. Adecco Suisse affiche toutefois un résultat plus réjouissant, avec une croissance de 6%. «Cela nous place légèrement au-dessus de la moyenne du marché, tant pour les emplois temporaires que pour les postes fixes», commente Annalisa Job, responsable de la communication chez Adecco Suisse.

Spécialistes choyés

A la vue des chiffres d’Adecco, on pourrait se demander si le marché suisse du travail est simplement en retard sur le cycle ou s’il parvient à rester durablement à l’écart du refroidissement conjoncturel mondial. Un indice négatif, qui mérite notre attention, est le fléchissement de la croissance d’Adecco en Allemagne durant le dernier trimestre 2018.

En Suisse, en revanche, la pénurie de main-d’œuvre qualifiée continue de faire les gros titres. Selon un sondage de GFS-Zürich commandé par Swissstaffing, cette pénurie est particulièrement marquée dans le secteur métallurgique, le secteur du second œuvre de la construction, l’industrie des machines et l’industrie électrique, le tourisme et l’hôtellerie ainsi que dans le secteur du social et de la santé, et cela tant pour les postes fixes que pour les emplois temporaires.

Le travail temporaire pas encore «concurrencé» par la flexibilisation

Au total, cette étude s’est penchée sur 32 groupes de professions dans lesquels la demande dépasse nettement l’offre. En raison de cette situation particulièrement confortable pour eux sur le marché de l’emploi, les rares candidats deviennent toujours plus sélectifs. «Avant de s’engager à plus long terme dans une entreprise, ils testent plusieurs employeurs au moyen d’emplois temporaires», constate Marius Osterfeld. Durant ces douze derniers mois, on n’observe pas de mutation importante du marché dans le secteur suisse du travail temporaire et ses quelque 200 entreprises. Chacune s’efforce toutefois d’améliorer en permanence son modèle d’affaires. Cela tient au fait que la distinction entre les placements d’emplois fixes et d’emplois temporaires ne cesse de s’estomper, en raison des nouveaux modèles de travail. De plus, pratiquement aucune agence de placement ne peut se permettre de faire l’économie de la numérisation, que ce soit pour le processus de placement lui-même ou pour le marché de l’emploi proprement dit.

Selon Marius Osterfeld, la flexibilisation du marché de l’emploi, avec ses nouvelles formes de travail – travailleurs flexibles, coopérateurs, nomades numériques, travailleurs indépendants en réseau –, ne concurrence pas encore sensiblement le travail temporaire. Malgré cela, le secteur doit réfléchir à la manière de répondre aux besoins de ces travailleurs flexibles et les intégrer dans le marché du travail temporaire, estime-t-il. Une opportunité dans ce sens pourrait se situer dans la combinaison de cette nouvelle flexibilité avec la sécurité sociale nécessaire, comme cela est déjà le cas pour le travail temporaire, à travers la CCT Location de services.

Nouveaux outils de recherche

«La gig economy ou économie des petits boulots, avec ses modèles de travail flexibles, va jouer un rôle important à l’avenir; il faut donc lui offrir une sécurité sociale correspondante», affirme Annalisa Job. Adecco a publié un livre blanc à ce propos et s’engage à respecter la CCT même pour des engagements de très courte durée. Le développement du groupe Adecco dans son ensemble est un exemple remarquable de la manière dont les poids lourds du secteur, et donc également Randstad, Kelly Services ou Manpower, ne se limitent plus aux affaires classiques du travail temporaire, mais proposent, depuis un bon moment déjà, toute la gamme des prestations de placement. Chez Adecco, ce sont des marques et portails comme Adia, Spring Professional, Badenoch & Clark, Pontoon Solutions et Lee Hecht Harrison. L’année dernière, ce groupe a également repris l’américain General Assembly, un spécialiste de la formation et du perfectionnement dans le domaine numérique et de la reconversion, ainsi que la plateforme américaine Vettery.

Chez Manpower Suisse, les outils de recherche numériques destinés à faciliter le recrutement et à améliorer l’adéquation sont également un sujet d’actualité. «La numérisation simplifie certaines étapes du processus de recrutement et offre ainsi à nos conseillers davantage de temps pour les entretiens personnels avec nos candidats», relève Leif Agnéus, directeur général de Manpower Suisse. Il observe dans ce secteur une tendance à délaisser le rôle de généraliste pour se spécialiser comme conseiller dans des domaines spécifiques comme le sourcing, le recrutement et des conseils personnalisés. Dans ce sens, Manpower investit dans la formation continue de ses collaboratrices et collaborateurs, afin de les préparer assez tôt à la prochaine mutation. «On observe une révolution des compétences», estime Leif Agnéus, «dans laquelle l’équilibre entre technologie, talent et compétences sociales devient le facteur de succès déterminant».


Coople, l’entreprise modèle

La jeune pousse Coople est considérée comme le petit prodige du secteur. Cette entreprise privée ne publie pas de chiffres. «Mais je peux vous affirmer que, l’année dernière également, notre croissance a été supérieure à celle du marché», nous confie son directeur général Viktor Calabrò. Cette montée fulgurante en première ligue des agences de placement, Coople la doit à la numérisation systématique du placement des travailleurs temporaires. Viktor Calabrò évite toutefois d’utiliser le terme «temporaire», car «celui-ci conserve une connotation négative». Le directeur général de Coople préfère parler de travail flexible, qui ne se laisse pas corseter et est géré par les acteurs eux-mêmes. Dans ce sens, Coople dépasse le modèle traditionnel et s’adresse à tous les travailleurs à temps partiel flexibles, aux indépendants, aux travailleurs au projet, aux coopérateurs et aux travailleurs à la tâche, comme on en trouve dans toujours plus de secteurs, avec l’essor de la numérisation. «Coople est une plateforme et un facilitateur de ce type de travail, et offre transparence, efficacité, simplicité et attrait pour des emplois flexibles», souligne son fondateur Viktor Calabrò. P. S.