De proie potentielle à prédateur: en quelques semaines, Domenico De Sole, le patron de la griffe florentine Gucci, vient de retourner les cartes à son avantage. A peine est-il parvenu à se libérer de l'étreinte mortelle du président de LVMH Bernard Arnault, qui souhaitait prendre le contrôle de la société de luxe toscane, qu'il courtiserait aujourd'hui la maison romaine Fendi. Assidûment. Domenico De Sole aurait rencontré récemment plusieurs membres de Fendi, encore dirigée par les cinq sœurs Anna, Franca, Paola, Carla et Alda.

L'affaire n'est pas encore conclue mais la base des discussions se situerait sur le plan financier autour de 1000 milliards de lires (900 millions de francs). L'an passé, Fendi a réalisé un chiffre d'affaires de 585 milliards de lires, en hausse de 10%. Cependant, Gucci n'est pas l'unique prétendant sur les rangs. En particulier, le fonds d'investissements américain Texas Pacific Group (Tpg), dirigé par le financier David Bonderman, serait depuis plusieurs mois en pourparlers avec les Fendi pour racheter 50% du groupe. Le mari de Miuccia Prada, Patrizio Bertelli aurait également pris contact avec Fendi ainsi que le joaillier Bulgari.

Cinq sœurs à convaincre

La conquête de la maison romaine ne fait donc que commencer. Avec, pour chaque candidat, la tâche ardue de convaincre toutes les sœurs. Selon le quotidien milanais Il Corriere della Sera, Carla et Anna seraient plutôt favorables à une alliance avec Gucci tandis qu'Alda pencherait davantage pour Bulgari. Une chose est sûre: Domenico De Sole a de nombreux atouts en main. Son groupe est sorti renforcé de la bataille financière avec Bernard Arnault, qui dispose encore de 20% des actions mais qui se retrouve dans l'impossibilité de faire valoir sa stratégie. Quant à François Pinault, en acquérant en tant que chevalier blanc 42% de Gucci, il a procuré à la société toscane une liquidité inespérée malgré les bons résultats économiques du groupe (l'an passé, le bénéfice net a dépassé 327 millions de francs pour un chiffre d'affaires de 1,6 milliard). L'entrée de Pinault-Printemps-Redoute (PPR) permet en effet à la griffe florentine de disposer d'environ 5800 milliards de lires (près de 5 milliards de francs) de réserves pour devenir à terme, selon les souhaits de De Sole, le leader mondial dans le secteur des produits de luxe.

Début juillet, Domenico De Sole déclarait: «Nous investirons en étudiant attentivement toutes les opportunités.» Fendi pourrait bien être la première de celles-là.