Véhicules d'entreprises

Les flottes, un marché peu transparent

Dommage, il faut se borner à estimer le poids économique du marché des flottes car il reste opaque. Mais même les estimations s’avèrent intéressantes

Personne ne veut les fournir alors que tout le monde voudrait les analyser: en Suisse, il n’existe pas de données détaillées sur le secteur des flottes automobiles. Lorsqu’il s’agit de figurer l’importance économique du marché des véhicules d’entreprise, les deux protagonistes – importateurs de voitures et exploitants de flotte – en sont réduits aux conjectures. Trop souvent il n’est question que d’estimations. Comme les importateurs veillent jalousement à maintenir leurs informations sous clé, il n’y a pas de données. La Commission de la concurrence (Comco) surveille cependant de près les importateurs. Elle entend surtout empêcher les accords cartellaires entre eux.

Un demi-million de véhicules d’entreprise

Tentons donc d’approcher la réalité. Pour savoir par exemple combien de véhicules de flotte sont en exploitation journellement jusqu’à 50 000 kilomètres par an. Pour les nouvelles immatriculations, les initiés parlent d’un socle d’au moins 40%. Pour l’année dernière, par exemple, cela signifierait que, pour 327 000 mises en circulation de voitures de tourisme et d’utilitaires légers jusqu’à 3,5 tonnes de poids total, un peu plus de 131 000 véhicules ont été acquis par des entreprises (y compris des sociétés de location de voitures, etc.) ou par des organisations (l’armée, p. ex.). Soit au comptant, soit en leasing. L’ordre de grandeur de «40% ou plus» est confirmé par les experts en flottes des plus grands importateurs de véhicules suisses Avec des divergences minimes. En se fondant sur les immatriculations, l’association des importateurs Auto-Suisse estime elle aussi à 40% environ ou même nettement plus la part des véhicules de flotte.

La durée de vie la plus commune des véhicules de flotte, surtout pour les véhicules à louer, se situe autour de quatre ans. C’est pourquoi les estimations selon lesquelles en Suisse un peu plus d’un demi-million de véhicules d’entreprise sont en circulation paraissent assez proches de la réalité. Autrement dit, sur les 4,45 millions de véhicules de tourisme roulant en Suisse, un sur huit devrait porter l’enseigne de l’entreprise qui l’emploie.

Cela dit, 131 000 véhicules d’entreprise par an, en prenant prudemment en compte un prix d’achat de 30 000 francs par voiture, cela représenterait 3,9 milliards rien que pour les commandes annuelles de voitures neuves.

A cela s’ajoutent les frais d’exploitation. Ils se composent du volume d’investissement net, des coûts de carburant, d’assurance, d’intérêts, de gestion de flotte, de pneus, de réparation et d’entretien, sans parler de la taxe cantonale sur les véhicules. Pour un kilométrage moyen de 25 000 kilomètres, un prix du véhicule neuf de 32 000 francs et une consommation moyenne de 6,5 litres/100 km, il faut mettre au budget, pour une flotte de 100 véhicules, des coûts annuels de 12 000 francs par voiture – ou environ 48 centimes par kilomètre parcouru. Extrapolés à la flotte suisse de véhicules d’entreprise, les coûts d’exploitation atteignent à coup sûr les 6 milliards de francs, sinon plus.

Trois fois plus d’occasions à vendre

En outre, les voitures d’entreprise constituent une composante décisive pour le marché des occasions. Après leur utilisation comme véhicules d’entreprise, de location ou de sponsoring (sur ce dernier point, on parle de quelque 3000 véhicules rien que pour le sport suisse), les voitures retournées au bailleur de crédit finissent sur le marché des occasions. Et pas en petit nombre, comme le montre une étude d’Eurotax, à Freienbach (SZ). Observatrice du marché automobile suisse, cette société constate que les perturbations économiques et politiques n’affectent qu’à peine le marché automobile helvétique. Ni pour les voitures neuves, ni pour les occasions. Là, ce ne sont pas des estimations mais des chiffres précis.

Avec 213 525 changements de propriétaire (+3,5%, soit +7151 voitures), le commerce de l’occasion aura plus que largement compensé au premier trimestre 2016 la baisse de l’année précédente (206 374). Au total, de janvier à mars 2016, il se sera vendu à peu près trois fois plus de véhicules que de voitures neuves, évidemment à des prix plus bas puisque les prix des véhicules neufs ont été corrigés vers le bas en 2016 aussi.

A noter tout de même que les marques d’occasion figurant au Top 10 ont été un peu moins demandées que la moyenne du marché, avec une hausse de 3,1%. Restent qu’elles dominent quand même le marché de l’occasion avec une part de 63,1% (63,3% au premier semestre 2015). Les marques construites en Allemagne demeurent dominantes: trois occasions sur quatre (72,7%) sont de production germanique. Mais ce qui change, c’est que désormais la demande de voitures autres qu’allemandes a pris du volume.

L’armée, La Poste et les autres

Les analystes en sont à nouveau réduits aux conjectures lorsqu’il s’agit d’identifier le plus grand exploitant de flotte du pays. A tous les coups, l’armée, La Poste et Swisscom, les loueurs de voitures et le spécialiste de car-sharing Mobility en font partie, mais également de grandes entreprises de services et de maintenance comme ISS, Schindler, V Zug et d’autres.


Notre supplément sur la gestion de véhicules d'entreprises:

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