Transports

«Flygskam»: l’argument écologique inexploité

La différence d’impact environnemental entre avion et train est remise au goût du jour par le mouvement «flygskam», parti de Suède. Cette préoccupation écologique, pas si récente, semble pourtant avoir échappé au secteur ferroviaire

Haro sur l’avion! Relancé depuis la Suède fin 2018, parallèlement au mouvement de la jeune activiste Greta Thunberg, le terme flygskam a pris de l’ampleur dernièrement. Désignant la honte de prendre l’avion, ce mot suédois pourrait bien vous siffler dans les oreilles si vous prenez régulièrement la voie des airs, notamment pour vos loisirs. Les alternatives plus écoresponsables, le train en tête, sont ainsi de plus en plus plébiscitées par des voyageurs désireux de préserver l’environnement.

Ainsi popularisée, la tendance n’est cependant pas nouvelle. On peut facilement retrouver des témoignages de 2008 de voyageurs préférant les rails aux cieux pour des raisons écologiques. En toute logique, c’est donc le secteur ferroviaire qui devrait s’en frotter les mains, voire profiter du potentiel filon. Pourtant, lorsqu’on s’intéresse à la communication des compagnies ferroviaires et autres acteurs du milieu, on ne peut qu’être frappé par la quasi-absence du sujet.

A lire aussi: En Scandinavie, le «flygskam» défie le transport aérien

Une différence non mentionnée

Aux CFF, la concurrence avec l’avion est axée sur les temps de trajet et le confort plutôt que sur l’environnement. Frédéric Revaz, porte-parole pour la Suisse romande, détaille ainsi la logique du groupe: «Lors d’un trajet en avion, il faut compter le temps pour aller à l’aéroport, le fait de devoir arriver longtemps en avance et enfin la récupération des bagages. Tout cumulé, sur des trajets de courte distance comme Genève-Venise, la durée du trajet est équivalente, voire inférieure en train.» Il précise également que ces temps de voyage vont encore diminuer avec l’arrivée prochaine du Giruno, le train à grande vitesse suisse.

Cependant, lorsque la différence d’impact écologique est évoquée, peu de propositions sont faites. On est d’abord renvoyé vers les engagements environnementaux généraux des CFF, où cette différence n’est pas mentionnée. Puis vers une version «preview» de l’application mobile des CFF où, en cherchant bien, on finit par trouver l’économie de CO2 faite avec le train (mais toujours sans parler de l’avion). Enfin vers un site tiers où cette comparaison est possible.

Trop tôt pour mesurer les effets

Autre exemple: Interrail. Ce service européen, dans un premier temps destiné aux jeunes, issu de la collaboration de nombreuses compagnies nationales et également disponible en Suisse, permet de voyager dans 30 pays avec un seul abonnement, modulable selon le voyage. Il mise ainsi sur la liberté apportée par un tel produit. Nienke Geudeker, responsable de la communication d’Interrail, est bien consciente du mouvement anti-avion qui s’agite en Europe. Mais il est encore trop tôt, selon elle, pour estimer son impact sur leurs ventes d’abonnements. Interrogée sur l’absence de ce thème dans leurs communications, Nienke Geudeker précise que le groupe est traditionnellement axé sur la découverte de l’Europe. «Cependant, ajoute-t-elle, le train est un mode de transport plus écologique et nous supportons évidemment ces initiatives.»

Selon un comparatif de 2017 proposé par le site de réservation en ligne Omio, un trajet Genève-Paris produit 2,2 kg de CO2 par passager en train, contre 96 kg en avion.

Publicité