Technologie

Flynt Bank veut lancer de nouveaux services bancaires

Première fintech suisse à avoir reçu une licence, la banque zougoise dévoile comment elle compte exploiter financièrement les informations centralisées sur sa plateforme

C’est la dernière banque lancée en Suisse, mais on ne peut pas y ouvrir un compte. En revanche, Flynt Bank permet à ses clients de piloter toutes leurs relations bancaires et d’avoir une vision consolidée de l’ensemble de leur patrimoine. Grâce à ces informations, la fintech zougoise proposera progressivement des services bancaires.

Flynt Bank vise les clients très fortunés, mais ressemble plutôt à une start-up. Proches de la gare de Zoug, ses bureaux lumineux sont peuplés d’informaticiens en t-shirt, évoluant entre des ébauches de projets accrochés aux murs. Dernière arrivée sur le marché compétitif de la gestion de fortune, Flynt prend soin de se démarquer des établissements existants.

Fournisseur d’information

Pas de salons de réception ou de toiles de maîtres. Ces derniers mois, les clients qui ont participé au développement de la plateforme technologique s’installaient directement au bureau des collaborateurs, et ce ne devrait pas changer, résume Martin Stadler, l’un des six «ambassadeurs» de la banque (l’appellation maison pour le poste de chargé de clientèle).

La première fintech suisse à avoir obtenu la licence bancaire ne produit que de l’information, explique au Temps son directeur général Stijn Vander Straeten: «Nous ne vendons pas de produits financiers, nous fournissons une technologie qui permet à nos clients de gérer leur patrimoine.»

Au cœur de l’offre de Flynt se situe une plateforme qui consolide l’ensemble des actifs d’un client, de ses avoirs bancaires aux entreprises ou collections d’art qu’il possède éventuellement. L’outil offre une lecture visuelle et intuitive des avoirs et des performances, à en juger par la démonstration qui nous a été faite.

Résultat d’un investissement d’une trentaine de millions de francs, Flynt a été lancée en 2014 sous l’impulsion de Jan Schoch, le patron de Leonteq, une société financière zurichoise spécialisée dans les produits structurés. Elle ne communique pas sur l’identité de ses autres actionnaires. Sa plus-value: permettre au client de prendre des décisions sur la gestion de son patrimoine, en étant prévenu de tout événement nécessitant une action. «Notre système l’avertit lorsqu’une obligation est sur le point d’arriver à maturité ou lorsqu’un de ses comptes présente un déficit: les actifs de nos clients leur envoient des informations, en quelque sorte», poursuit Stijn Vander Straeten, en poste depuis avril, après un changement de management en 2016.

Facturé 20 000 francs par année

Avec 43 employés, la fintech présidée par l’ancien chairman de Swiss Re Peter Forstmoser vise des clients détenant au moins 20 à 30 millions de patrimoine - elle en compte quatre pour le moment. Le service est facturé au minimum 20 000 francs par année, selon la complexité de la situation du client, avec un ticket moyen prévu entre 30 000 et 60 000 francs. 

Pour imposer son modèle, l’établissement zougois devra surmonter deux types de réticence. Celle des clients de laisser un opérateur connaître l’ensemble de leur patrimoine et de leurs données. Flynt mise sur une adoption progressive de son service et sur la clarté des informations fournies pour dépasser ce frein. Celle des banques, aussi, qui rechignent parfois à laisser Flynt accéder aux comptes de leurs clients communs.

«Vu leur patrimoine, nos clients sont dans une position de peser sur leurs banques pour qu’elles acceptent de nous donner accès aux comptes», précise encore l’ancien consultant, qui n’ira pas jusqu’à nommer les établissements les moins coopératifs.

Pas de licence «light»

Pour ce service d’agrégation du patrimoine, Flynt n’aurait pas eu besoin de la licence bancaire. Alors pourquoi l’avoir voulue, avec toutes les contraintes et les coûts qui en découlent? «Pour rassurer les clients et pour obtenir l’indépendance nécessaire pour aborder la gestion de patrimoine de nouvelles façons en utilisant des technologies innovantes, même pour les sujets réglementés», répond Stijn Vander Streaten.

Lorsque Flynt a déposé sa demande de licence, en 2016, la licence bancaire allégée en vigueur depuis le 1er août n’était pas disponible. Elle n’aurait de toute façon pas intéressé la banque zougoise, qui va progressivement offrir des services bancaires. Le trading, du dépôt ou des paiements sont prévus, toujours selon les instructions du client, mais Flynt ne compte pas offrir de crédit à ses clients, pour éviter des conflits d’intérêts. En revanche, il n’est pas exclu que des clients s’accordent des financements entre eux, à terme.

Basée au cœur de la «Crypto Valley» zougoise, la banque n’a pas de projet précis concernant la blockchain ou les cryptomonnaies pour le moment. Une levée de fonds est prévue dans les prochains mois pour financer le développement de nouvelles fonctionnalités, avec l’objectif, à terme, d’héberger des comptes.

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