Le Fonds monétaire international (FMI) a légèrement abaissé mardi ses prévisions de croissance économique mondiale, évoquant des risques de «stagnation» dans les pays riches et l’accentuation des tensions géopolitiques en Ukraine ou au Moyen-Orient.

Comme en 2013, le produit intérieur brut (PIB) mondial ne devrait plus progresser que de 3,3% cette année, marquant un repli de 0,1 point par rapport aux projections de juillet, selon les nouvelles prévisions économiques du FMI.

Un rebond est certes attendu par l’institution en 2015, à +3,8%, mais il sera moins fort (-0,2 point) que celui prévu il y a encore trois mois.

«La croissance mondiale reste fragile et inégale. Les freins que la forte dette publique et privée font peser sur la reprise se lèvent dans les pays développés mais à des rythmes différents et les taux de chômage […] restent élevés dans certains cas», écrit le Fonds dans ce rapport publié en prélude à son assemblée générale à Washington.

Si les Etats-Unis continueront de jouer «le rôle le plus important» dans la reprise (2,2% attendus cette année), d’autres pays industrialisés devraient encore marquer le pas, principalement dans la zone euro où les prévisions sont nettement abaissées cette année, en France (-0,4 point, à 0,4%), mais aussi en Allemagne (-0,5 point, à 1,4%).

Les pays émergents continueront, eux, à se tailler la part du lion de la croissance mondiale même si les situations diffèrent nettement selon les pays, souligne le rapport.

En dépit de risques d’un «atterrissage difficile» lié à la flambée du crédit, la Chine va continuer à mener le bal et voit ses prévisions de croissance confirmées cette année (+7,4%) comme en 2015 (7,1%).

Le Brésil en revanche subit, lui, la plus forte dégradation au sein des principales économies du globe (-1 point) et devrait échapper de peu à une récession sur l’ensemble de l’année 2014 (+ 0,3%).

La situation n’est pas plus reluisante en Russie, dont les prévisions de croissance cette année (0,2%) restent assombries par le conflit avec l’Ukraine.

La situation dans la région fait d’ailleurs partie des «tensions géopolitiques croissantes» qui pourraient freiner l’activité en perturbant l’approvisionnement en gaz et en pétrole, note le FMI, qui redoute également une flambée des prix du brut liée à l’instabilité au Moyen-Orient.

La zone euro pourrait devenir le «principal problème» de l’économie mondiale

La zone euro pourrait devenir le «principal problème» de l’économie mondiale en cas de déflation et d’affaiblissement de la demande, a estimé mardi le chef économiste du FMI Olivier Blanchard.

«Si cela devait arriver, cela serait clairement le principal problème auquel l’économie mondiale serait confrontée», a déclaré l’expert du Fonds monétaire international en présentant ses nouvelles projections économiques mondiales.

Depuis plusieurs mois, le Fonds met en garde contre les risques d’un recul des prix (déflation) dans la zone euro et sur ses conséquences sur l’activité.

Le chef économiste du FMI prend toutefois soin de préciser qu’il ne s’agit pas du scénario privilégié par l’institution.

«Ce n’est pas notre scénario central et nous pensons que les fondamentaux s’améliorent lentement» dans la région, a-t-il ajouté, selon le texte de son intervention transmis à la presse.

Dans ses nouvelles prévisions, le FMI revoit néanmoins à la baisse ses prévisions de croissance pour la zone euro, en 2014 (-0,3 point, à 0,8%) comme en 2015 (-0,2 point, à 1,3%).

La zone euro a été au cœur des tourments de l’économie mondiale au moment de la crise de la dette de 2010-2011 qui a notamment entraîné la Grèce, l’Irlande et le Portugal dans la récession.

Chine: le FMI confirme sa prévision à 7,4% en 2014

Le Fonds monétaire international (FMI) a confirmé sa prévision d’une croissance de 7,4% pour l’économie chinoise en 2014, mais prévenu de «risques à court terme» sur un marché immobilier en surchauffe.

«Conformément aux objectifs du gouvernement chinois», la deuxième économie mondiale maintiendra ainsi une croissance «élevée» cette année, en particulier grâce à des mesures de soutien à l’activité, selon les prévisions mondiales du FMI rendues publiques mardi.

Le gouvernement chinois s’est fixé pour objectif une croissance du PIB d’«environ 7,5%» pour 2014, rappelle le FMI.

Le Fonds maintient également sa prévision d’une progression du PIB de 7,1% en 2015 pour le géant asiatique, un rythme moins soutenu qui s’explique par l’évolution de l’économie chinoise, engagée dans «la voie d’une croissance plus durable».

«Un léger ralentissement est considéré comme une saine évolution», relève d’ailleurs l’institution multilatérale basée à Washington.

«En Chine, après un premier trimestre décevant, les mesures prises par les pouvoirs publics ont favorisé une accélération de la croissance au deuxième trimestre», ajoute-t-elle.

Reste que des menaces planent sur le rythme de la hausse du PIB chinois. Les principales sont liées à l’éventualité d’un retour de bâton plus violent qu’attendu sur le front du secteur immobilier, selon le FMI qui prévient de «risques à court terme» sur ce marché.

Japon: le FMI abaisse à 0,9% sa prévision de croissance pour 2014

Le Fonds monétaire international a fortement revu à la baisse mardi sa prévision de croissance annuelle pour le Japon, où l’économie a subi le contrecoup d’une hausse de la «TVA nippone» début avril et est menacée de stagnation.

«A la lumière de la contraction plus importante que prévu au second trimestre», le produit intérieur brut (PIB) ne devrait croître que de 0,9% en 2014, avertit dans son rapport mondial le FMI, qui prévoyait jusqu’à présent une croissance de 1,6%, puis de 0,8% en 2015.

Une révision drastique qui survient après une nette contraction entre avril et juin (-1,8% comparé au trimestre précédent), les ménages ayant déserté les magasins qu’ils avaient pris d’assaut en début d’année. Quant à cet été, les indicateurs déjà publiés ne laissent pas entrevoir de redressement.

Faisant figure de bon élève il y a quelques mois encore, le Japon apparaît désormais à la traîne des pays développés, aux côtés de la zone euro. Dans les deux cas, le FMI redoute «une période prolongée de faible croissance reflétant une demande atone, qui pourrait se transformer en stagnation».

Dans ce contexte difficile, l’accélération des «réformes structurelles» s’impose plus que jamais comme une «nécessité», insiste l’organisation basée à Washington.