«Le monde a besoin d’une institution multilatérale pour assurer la stabilité financière. Ses tâches: évaluer les risques, coordonner les mesures correctives et for­muler des nor­mes. Pour être efficace, cette institution doit être dotée d’une voix forte et respectée ainsi que de ressources financières et humaines adéquates. Elle doit travailler avec les autres organisations sur la gestion des crises et la régulation du système financier international. Le Fonds monétaire international (FMI) est indiqué pour assumer ces responsabilités.»

A quelques jours du sommet du G20, qui doit décider de l’avenir du FMI, cette recommandation tombe à pic. Elle est proposée par un comité présidé par Trevor Manuel, ministre des Finances d’Afrique du Sud, et composé d’une dizaine de personnalités dont le Français Michel Camdessus, ancien directeur du FMI, l’Indien Amartya Sen, Prix Nobel et professeur d’économie à Harvard, ainsi que le Chinois Zhou Xiaochuan, gouverneur de la People’s Bank of China. Nommé par le FMI, il avait pour mandat de recommander des réformes à l’institution.

Yeux doux à la Chine

Publié vendredi, le rapport arrive aussi au moment où les caisses du FMI sont vides, alors que les demandes d’aide par des pays victimes de la crise se multiplient. Après le Japon, qui a annoncé un prêt de 100 milliards de dollars, les Etats-Unis et l’Union européenne pourraient annoncer des contributions de 100 milliards de dollars chacun au sommet du G20. Les regards se tourneront alors en direction de la Chine et des pays du Golfe qui ont accumulé des pétrodollars.

Le rapport de Trevor Manuel devrait encourager Pékin. Ce dernier voit certes le FMI assumer une plus grande responsabilité, mais pose des conditions. Le rapport Trevor aborde dans le même sens et fixe l’échéance à avril 2010.

En substance, il appelle à une redistribution de l’actionnariat du FMI qui reflète le poids réel des pays membres. A présent, les Etats-Unis et l’Union européenne jouent un rôle prédominant. La redistribution du capital devrait conduire à la fin du droit de veto américain, qui contrôle 17% du capital.

Le rapport recommande également la mise en place d’un nouveau système de gestion de l’institution: la direction doit être chapeautée par un Conseil des ministres qui prendrait les décisions stratégiques. Il demande également l’introduction d’un système d’élection du directeur du FMI qui soit transparent et basé sur le mérite. La tradition veut que le poste soit occupé par un Européen.

Le directeur du FMI, Dominique Strauss-Kahn, a donné une conférence de presse vendredi à Paris, mais n’a pas commenté le rapport qui était pourtant attendu de longue date. Par contre, plus tôt dans la semaine, il a fait les yeux doux à la Chine en appuyant la demande de cette dernière de créer une nouvelle devise pour le commerce international.