Chaque année, en février, le Fonds monétaire international (FMI) fait sa tournée d'inspection des politiques monétaire, budgétaire et fiscale suisses. L'analyse débouche sur des conseils que les autorités fédérales jugent fort pertinents, mais tardent à réaliser. Au fil des ans, l'appel à la concrétisation de la libéralisation des secteurs agricole, de l'énergie, des transports, de la poste se fait plus pressant.

Le FMI tire cette année une nouvelle sonnette d'alarme. Sans réforme structurelle, l'évolution démographique, conjuguée à une faible croissance économique, conduira à la déstabilisation des assurances sociales (AVS-AI) et des services de santé. «Si vous attendez trop, vous n'aurez plus le choix. Fournissez dès maintenant de l'information analytique, montrez les moyens de partager le fardeau de la sécurité sociale», conseille Bob Traa, chef de la délégation du FMI. Cela amène de l'eau au moulin de Pascal Couchepin, conseiller fédéral en charge des assurances sociales.

Le Département des finances (DFF), lui, ne semble pas avoir capté le message cinq sur cinq. «Propos élogieux pour la Suisse», titrait le DFF dans un communiqué résumant le rapport de la délégation du FMI. Peter Siegenthaler, directeur de l'Administration fédérale des finances, évoque «un travail constructif». Il se focalise sur les points positifs du rapport, à savoir la volonté d'un retour à l'équilibre des comptes de la Confédération, et une politique monétaire adéquate.

Systèmes de retraite sous pression

Le FMI s'inquiète bien entendu beaucoup moins de la situation suisse que de celle de l'Argentine. La dette de la Confédération s'est néanmoins fortement aggravée. En 1990 le découvert au bilan s'élevait à 17 milliards de francs. En 2008, il devrait atteindre 107 milliards. Le FMI comprend dès lors mal pourquoi les 21 milliards de francs tirés de l'or distribué par la BNS ne sont pas consacrés à la réduction de la dette. L'opération, unique, reste en travers de la gorge de la banque centrale. «Il faut bien réaliser que les intérêts sur cette somme ne pourront plus être distribués aux cantons et à la Confédération. Cela aurait tout de même représenté 500 millions de francs en 2006», souligne Ulrich Kohli, membre du directoire de la BNS.

L'été dernier, le Conseil fédéral présentait un plan de mesures pour sortir du cycle déficitaire dès 2007. «C'est un objectif minimum à moyen terme», remarque la délégation du FMI. Un bref communiqué du DFF, daté du 4 mars, a dû lui échapper. La période des déficits sera prolongée de deux ans, jusqu'à fin 2008, en raison de la faiblesse de la reprise économique et d'une évaluation plus prudente des recettes. Aucune mesure corrective n'est pour l'instant proposée par le gouvernement.

Le long terme préoccupe pourtant davantage les experts du FMI. La pyramide des âges, particulièrement défavorable, mettra inévitablement sous pression les systèmes de retraite et les services de santé. Entre 2000 et 2020, la classe d'âge des moins de 20 ans diminuera de plus de 225 000 personnes, alors que celle des plus de 50 ans augmentera de plus de 650 000. Le FMI met le doigt sur une des difficultés supplémentaires du système helvétique. «En 2010, plus de la moitié des votants seront âgés de plus de 50 ans.» Autrement dit, si chacun vote en fonction de ses intérêts à court terme, aucune réforme basée sur une diminution ou un rééquilibrage des prestations sociales ne sera possible.

Le FMI conseille de présenter sans attendre cette problématique à la population, puis de définir des stratégies de financement basées sur différents scénarios de croissance. «Plus vous attendrez, plus la solution sera coûteuse. Aucune politique fiscale ou monétaire ne permettra d'éviter des réformes structurelles», souligne Bob Traa. Le FMI s'attend, cette année, à une légère diminution de la croissance qui devrait se situer entre 1 et 1,5%.