France

Pour le FMI, l'économie française reste très «vulnérable»

Avant la prochaine réunion du G20 en Turquie, le FMI s'inquiète du risque persistant de dérapage de l'économie hexagonale. Le Fonds pointe du doigt les «régimes spéciaux» 

L'économie française continue d'inquiéter le Fonds Monétaire International. Dans son rapport annuel consacré aux déséquilibres et à la croissance des pays du G20 qui se réuniront les 15 et 16 novembre à Antalya (Turquie), le FMI repose la question du poids de la dette publique française (97,6% du PIB en juin) dans un contexte de ralentissement économique. La poursuite de la réduction des dépenses, conjuguée à l'accélération des réformes du marché du travail est recommandée par les experts du Fonds, qui seront reçus à Paris jeudi par les ministres des finances et de l'économie. «La consolidation budgétaire en cours rencontre des difficultés, et le risque de dérapage demeure» note le FMI, inquiet de la grande vulnérabilité de la dette publique qui pèse sur la deuxième économie de la zone euro, et des difficultés de mise en oeuvre des réductions budgétaires annoncées à la mi septembre. Le projet de loi de finances 2016 table sur une croissance de 1% cette année et de 1,5% l'an prochain. Selon les prévisions gouvernementales, Le déficit public français pour 2015 devrait s'établir à 3,8% du PIB, pour baisser à 3,3% en 2016 et 2,8% en 2017

Réduire les «régimes spéciaux»

L'appel du Fonds Monétaire à l'accélération des réformes a valeur d'avertissement. «Sur la base des efforts déjà effectués, un inventaire des dépenses à tous les niveaux administratifs devrait être mené, pour réformer plus profondément». Le FMI suggère de limiter la capacité d'emprunt des collectivités locales, de réduire le nombre des fonctionnaires, d'augmenter l'age de départ à la retraite et de s'attaquer aux fameux «régimes spéciaux» de retraite dont bénéficient plusieurs catégories, telles que les militaires, mais aussi les employés de la SNCF ou ceux de la RATP. Coïncidence de calendrier: un accord a été trouvé le 30 octobre entre les partenaires sociaux français (à l'exception du syndicat pro-communiste CGT) sur les retraites complémentaires. Il instaure une année de cotisation supplémentaire à partir de 2019, et une sorte de «bonus-malus» pour inciter les salariés à retarder leur départ en retraite après 62 ans.

Plus de flexibilité avec les horaires de travail

Sur le fond, certaines recommandations du FMI correspondent aux priorités affichées du gouvernement français. Le Fonds propose ainsi d'accorder davantage de flexibilité au niveau des entreprises pour ajuster les horaires de travail et le niveau de salaires, comme s'y est engagé le premier ministre Manuel Valls après la publication du rapport rendu le 9 septembre par le Conseiller d'Etat Jean Denis Combrexelle sur la négociation collective, le travail et l'emploi. Le FMI s'inquiète en revanche des goulots d'étranglement économiques persistants, engendrés par «l'hyperrégulation et le manque de concurrence, qui affaiblissent l'incitation à innover et à investir». Les brèches ouvertes par la loi sur la croissance et l'activité défendue par le ministre de l'économie Emmanuel Macron et définitivement votée au début juillet, doivent être d'urgence élargies selon le FMI. L'institution ne mentionne pas le projet d'une seconde loi Macron, prévue pour 2016 et consacrée aux nouvelles opportunités économiques, en cours d'élaboration.

Satisfecit accordé à l'Allemagne

A l'inverse, le Fonds Monétaire International, dirigé par l'ancienne ministre Française des finances Christine Lagarde, accorde un satisfecit à l'Allemagne dont la position est «en substance meilleure que ce que les indicateurs à moyen terme laissent penser». La vulnérabilité budgétaire de la première économie de la zone euro ont «baissé de manière significative» juge le FMI, inquiet des perspectives faibles de croissance pour les pays dotés de la monnaie unique, et du risque que la volatilité financière internationale fait toujours peser sur celle-ci. A l'orée du G20, le président de la Banque centrale européenne Mario Draghi a déclaré samedi être «prêt à agir davantage pour doper l'économie et l'inflation» dans la zone euro. 

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