Récession inévitable aux Etats-Unis, chocs majeurs dans la zone euro et les pays émergents menacés de ralentissement et d'inflation. Tel est le tableau sombre que vient de peindre le Fonds monétaire international (FMI) pour 2008 et 2009. Lors de la présentation de ses perspectives économiques ce mercredi à Washington, Olivier Blanchard, directeur du département des études, a expliqué que la croissance mondiale ralentira de 5% en 2007 à 3,9% en 2008, puis à 3% en 2009.

Le ralentissement, selon le FMI, est la conséquence directe «de la plus grave crise sur les marchés financiers depuis les années 30» ainsi que «de l'envolée des cours du pétrole et des produits de base ces derniers mois». Pour éviter le pire, le gendarme de la finance mondiale préconise des mesures énergiques et cordonnées. A court terme, le FMI demande aux Etats d'assurer la fourniture de liquidités dans les circuits financiers par l'injection des capitaux. «Une telle mesure peut ramener la confiance sur les marchés. Si la confiance revient, le crédit devrait suivre, même s'il ne reviendra que lentement, a déclaré Olivier Blanchard. Avec de telles mesures en place, il est raisonnable de prévoir que le redressement commencera en 2009 et prendra de l'ampleur en 2010.»

La croissance mondiale est tirée par les pays émergents

En attendant, aux Etats-Unis, la déprime est de mise, selon le FMI. Les plans de relance économique votés par l'administration Bush, le plan Paulson pour le sauvetage des banques en difficulté et la baisse du pouvoir d'achat ne donneront pas de résultats de sitôt. Le FMI craint même une aggravation de la crise. Et table sur une croissance de 1,6% pour 2008 et de 0,1% en 2009, contre 2% en 2007.

Ces pronostics pessimistes pourraient être renversés en cas de redressement du secteur immobilier et d'une stabilisation des prix de pétrole, dit-il.

Il faut d'emblée dire que les prévisions du FMI sont basées sur un prix de pétrole de 120 dollars le baril en 2009. Force est de constater que les cours tendent à baisser à cause du ralentissement économique et de la chute de la demande. Le prix du brut tourne ces jours autour de 90 dollars le baril.

Dans la zone euro, plusieurs pays sont déjà en récession ou se dirigent vers la récession, notamment l'Italie, l'Espagne et l'Irlande. Ils sont marqués par l'affaiblissement de l'activité économique, le resserrement du crédit, l'inflation et la chute du pouvoir d'achat. C'est sur cette toile de fond que le FMI abaisse sa prévision de croissance à 1,3% cette année. Pour l'année prochaine, elle sera de 0,2%, c'est-à-dire quasi nulle, comme aux Etats-Unis.

Les prévisions sont légèrement meilleures pour la Suisse, notamment à cause des exportations qui restent solides et d'un taux d'emploi supérieur par rapport à la zone euro. Le FMI s'attend à une croissance de 1,7% pour 2008, 0,6% pour 2009, contre 3,3% en 2007.

La croissance mondiale sera donc tirée par les pays en développement et les pays émergents. Ces derniers ne seront toutefois pas épargnés par le ralentissement mondial et encore moins par l'inflation, près de 9,4% en 2008. Le FMI estime leur croissance à 8% en 2007, à 6,9% en 2008 et à 6,1% l'année suivante.