«Dieu puisse-t-il venir en aide aux chômeurs», a candidement souhaité Lula pour Pâques. Les intéressés vont en avoir besoin. Car le chômage, principal défi du Brésil, est en hausse. En mars, il a atteint 12,8% dans les six principales régions métropolitaines du pays, contre 12% en février. Dans le Grand São Paulo, principale région économique du Brésil, il atteint 20,6%, un record depuis 1985.

Ces résultats tranchent avec ceux présentés la semaine dernière par le gouvernement et faisant état de 347 400 emplois créés dans l'économie formelle (qui emploie un peu moins de la moitié de la population active) lors du premier trimestre, un record depuis 1992. Les divergences entre les chiffres seraient dues au fait que la croissance est plus forte dans l'arrière-pays (que dans les métropoles), bastion des activités exportatrices comme l'agriculture.

Mais Brasilia a vite admis que cette croissance n'est pas assez forte pour faire baisser le chômage. Celui-ci s'est aggravé en 2003, an 1 de Lula au pouvoir, à cause de la récession (–0,2%, le pire résultat depuis onze ans), imputée à l'orthodoxie fiscale et monétaire suivie par le leader de gauche pour gagner la confiance des créanciers du pays, atterrés par son élection. Ainsi, les banques ont fait des profits record en 2003, grâce à la hausse du taux directeur pour contenir l'inflation. Depuis juin, ce taux a baissé de 10,5 points, aidant le Brésil à renouer avec la croissance, prévue entre 3 et 4% cette année. La baisse du loyer de l'argent et de l'inflation a relancé la consommation. Mais son rythme s'essouffle, disent les économistes, à cause du chômage, des revenus stagnants et des taux d'intérêt restés prohibitifs. La Banque centrale est accusée d'avoir tardé à baisser le taux directeur (9,97% l'an, le deuxième plus élevé du monde), qui détermine le coût du crédit, principal obstacle à la reprise.

Baisse de la notation

La pression pour tolérer une inflation de 5,5% au lieu des 4,5% actuels, afin de favoriser une baisse du taux directeur, vient du propre parti du président et déplaît aux marchés. Or, l'autorité monétaire dit qu'elle va encore ralentir la baisse du taux directeur. Pour mieux retenir les flux de capitaux qui seraient tentés de migrer vers les bons du Trésor américains si les Etats-Unis relevaient leur propre taux directeur comme prévu.

Ce risque, qui renchérirait le crédit international pour le Brésil, a poussé JP Morgan à baisser, la semaine dernière, la notation des titres de la dette publique du Brésil. La banque invoque aussi un risque de relâchement de la rigueur fiscale – Lula ayant dû augmenter les salaires de fonctionnaires en grève – et une «croissance incertaine».

L'activité est encore hésitante. Mais on prévoit une croissance de 1% au premier trimestre pour l'industrie et de 5,1% pour l'agriculture. Restreint de surcroît par la pauvreté, «le marché interne n'est pas capable de soutenir la croissance, qui reste limitée aux industries exportatrices», dit l'économiste Paulo Montagner. Dopées par la reprise mondiale, les exportations du Brésil (soja, voitures et avions, entre autres) sont en progression constante.

Mais l'économie reste vulnérable, à cause de la dette publique (57,6% du produit intérieur brut), attelée au taux directeur et au cours du dollar, et donc sensible à leur hausse. C'est l'avis du FMI, qui prédit une croissance brésilienne (3,5%) inférieure aux moyennes mondiale et régionale en 2004 et 2005. C'est pourtant sur le conseil du FMI que le pays s'efforce, depuis cinq ans, de dégager un excédent budgétaire destiné à payer la dette et donc à la réduire. Or, il n'y est pas parvenu, même avec la hausse par Lula de cet excédent, de 3,75 à 4,25% du PIB. Son seul résultat a été de réduire l'investissement public, hypothéquant plus encore la croissance et la lutte contre la pauvreté, qui frappe près du tiers de la population. Mais le FMI va autoriser le Brésil à exclure le coût de certains investissements en infrastructures, essentiels à la croissance, du calcul de l'excédent budgétaire. Le pays va faire un «test» sur des projets pilotes.