Blanchi par son conseil d'administration de l'accusation d'abus de pouvoir dans le cadre de sa liaison avec une de ses subordonnées, Dominique Strauss-Kahn, le directeur du Fonds monétaire international, rebondit. Le 15 novembre, à Washington, il proposera au G20 un plan de nouvelle gouvernance mondiale baptisé «Global Regulation Strategy» pour en finir avec les «bulles» qui détruisent l'économie.

- Quand finira la descente aux enfers des bourses mondiales?

Dominique Strauss-Kahn: L'extrême volatilité des marchés montre que la crise financière continue à produire ses effets. J'ai bon espoir que cette volatilité se calme parce que les plans financiers américain et européen sont solides; il leur faut du temps pour donner leur pleine mesure. Je suis plus préoccupé, en revanche, par le ralentissement de l'économie mondiale et ses conséquences sociales. C'est pourquoi le FMI ne peut pas se contenter d'être le pompier qui aide les pays à redresser leurs balances de paiement, il revendique le rôle du maçon qui aide à reconstruire la croissance.

- Pourquoi n'est-ce pas vous qui avez élaboré le plan Brown qui a servi de modèle aux autres plans de sauvetage?

- Quand une crise bancaire se déclenche à l'intérieur d'un pays, le FMI n'a pas de rôle direct, mais prodigue des conseils. Munis de l'analyse unique de 122 crises passées, nous avons martelé deux recommandations. D'abord, en finir avec le cas par cas et mettre au point un plan global. Ensuite, recapitaliser les banques, parce qu'injecter des liquidités ne peut suffire.

- Que pensez-vous de la proposition de Gordon Brown de faire du FMI une banque centrale mondiale?

- Gordon Brown a raison de vouloir réformer l'architecture financière mondiale. Avec la mondialisation, quand l'immobilier s'effondre en Virginie, la Hongrie en pâtit, parce que la chute du secteur résidentiel américain met en difficulté les banques américaines, puis toutes les banques de la planète qui rapatrient leur argent chez elles et coupent les crédits aux pays les plus lointains. L'effet domino se met alors en place. Le FMI peut y parer.

Pour cela, il faut que son rôle de coordonnateur de la régulation mondiale soit réaffirmé. Je proposerai ainsi au G20 un plan de nouvelle gouvernance, ou «Global Regulation Strategy», autour des cinq axes suivants:

1. Mettre au point un prêt nouveau qui permette de soulager les problèmes de liquidités à court terme de certaines économies.

2. Augmenter les ressources du FMI qui peuvent devenir insuffisantes face à l'ampleur des besoins à moyen terme.

3. Tirer les leçons des politiques économiques qui ont conduit à ces «bulles» à répétition dont l'éclatement détruit l'économie réelle. C'est la mission qui nous a été confiée par les membres du Fonds.

4. Surveiller la mise en place des nouvelles régulations élaborées, avec le FMI, par le Forum de stabilité financière, qui regroupe les grandes banques centrales.

5. Aider à repenser un système mondial plus cohérent, plus efficace, plus coordonné. Au-delà de son rôle de pompier et de maçon, le FMI peut aussi avoir, pour un temps, un rôle d'architecte.

- Qu'attendez-vous de la réunion du G20 à Washington, le 15 novembre?

- La mesure de la situation historique que nous vivons. Et donc une impulsion décisive, à partir du document que nous lui soumettrons sur les leçons de la crise, pour la réforme de la gouvernance mondiale.

- C'est une perspective que les Américains sont réputés ne pas apprécier...

- Beaucoup de choses changent en ce moment. A des degrés divers, tous les pays - y compris les Etats-Unis - reconnaissent que le marché ne fonctionne que s'il est organisé et qu'on ne peut attendre aucun bienfait de la mondialisation si ses défauts ne sont pas corrigés.

Vous notez aussi que ce sera un G20 et non un G8 qui se réunira à Washington, le 15 novembre, parce que tous les responsables ont pris conscience que l'économie mondiale ne se réduit plus aux seuls pays riches. Pour ma part, je rappelle sans relâche qu'il y a une autre crise derrière la crise financière: celle que vivent les pays pauvres, frappés de plein fouet par le renchérissement des matières premières et des produits alimentaires. Dans les pays développés, la crise signifie baisse du pouvoir d'achat; chez les plus démunis, elle veut dire risque de famine pour certains, malnutrition pour beaucoup, et séquelles pour toute une génération.