Le danger à peine défini, il faut commencer à le combattre. Les rapports des experts du Fonds monétaire international (FMI) étaient prêts: dans la situation actuelle de «reconstruction» de l’économie mondiale, disaient-ils, le trop grand endettement des Etats développés est l’un des grands facteurs de risque pour l’avenir. Mais les ministres réunis pour l’assemblée générale du printemps, qui se tenait ce week-end à Washington, n’ont pas eu besoin de lire ces rapports: en appelant à l’aide, et en demandant vendredi au FMI d’intervenir, la Grèce les validait d’entrée.

Pour le FMI, cette demande d’intervention en pleine zone euro a valeur de confirmation du retournement produit par la crise financière. L’institution sort largement renforcée de l’exercice, lui qui a vu croître ses capacités de prêt, et en a fait usage notamment à l’égard de pays de l’Europe de l’Est. «Les citoyens grecs ne doivent pas craindre le FMI. Nous sommes là pour essayer de les aider», assurait samedi son directeur général Dominique Strauss-Kahn, en réponse à l’hostilité que provoque, au sein de certains secteurs de la population grecque, l’irruption de cette institution.

A Washington, les négociations battaient encore leur plein dimanche pour ficeler un plan d’aide dans lequel le FMI assurerait un tiers de la somme visant à renflouer les caisses grecques tandis que les Etats européens assumeraient le reste. «Nous sommes tous conscients de la gravité de la situation», enchaînait Strauss-Kahn en semblant minimiser les réticences de certains pays, et principalement de l’Allemagne, à agir rapidement en faveur de la Grèce.

«Initiatives nationales»

De fait, cette urgence grecque intervient tandis que les Etats ont répondu jusqu’ici en ordre dispersé aux conséquences de la récession et que le FMI tente aujourd’hui de rassembler les matières à consensus afin d’en tirer des leçons pour l’avenir. «Nous en sommes encore à l’heure des initiatives nationales, note un délégué européen qui assistait aux discussions. Cette assemblée générale sert un peu de tour d’observation pour tâcher de rassembler ces idées, qui vont certes dans le même sens mais souvent divergent dans leurs modalités.»

Ainsi, de la question de l’endettement par exemple. Son niveau actuel a certes à voir avec les plans de relance économiques développés par certains Etats et l’augmentation des dépenses, mais il est aussi en bonne partie le fait de la baisse des rentrées fiscales, d’après l’exposé fait par Olivier Blanchard, l’économiste en chef du Fonds monétaire. Même si le FMI concède que les espoirs de reprise sont actuellement «supérieurs aux attentes», il prône de ce fait pour ces Etats des «adaptations importantes» afin d’éloigner les menaces liées à l’aggravation des déficits publics. Autrement dit: des mesures d’austérité et des impôts plus élevés.