La famille olympique se déchire à propos du partage des revenus des Jeux, en hausse vertigineuse ces quinze dernières années.

Pour les seuls Jeux de Pékin, les droits de retransmission TV ont rapporté 1,7 milliard de dollars (1,9 milliard de francs) dans les caisses du Comité international olympique (CIO), basé à Lausanne. A cela viennent s'ajouter 900 millions de dollars pour les contrats de sponsoring.

Le moment est venu pour le CIO de redistribuer cette manne. L'organisation devrait préciser d'ici à la fin de l'année les montants exacts que recevront les fédérations internationales et les comités olympiques nationaux. Ces organismes se partagent traditionnellement 92% des revenus des Jeux, le CIO gardant pour lui les 8% restants.

Fronde contre l'Amérique

C'est la répartition des gains entre les fédérations sportives et les comités nationaux qui pose problème. Le mode de partage, basé sur le montant des droits TV et d'une partie des contrats de sponsoring, est resté inchangé depuis 1984.

Les fédérations et une majorité des comités nationaux se sont liguées ces derniers mois pour remettre en cause un vieil accord qui favorise «outrageusement» le comité olympique américain (USOC). Selon les projections, l'USOC devrait toucher 306 millions de dollars cette année, soit plus que les 204 autres comités nationaux réunis. Ce montant pourrait dépasser les 450 millions après les Jeux de Londres en 2012. De leur côté, les 28 fédérations sportives présentes aux Jeux d'été - dont 14 ont leur siège dans le canton de Vaud - se partageront 290 millions de dollars.

«Il n'est plus moralement acceptable que le monde entier paie pour l'entraînement des athlètes américains», avait dénoncé le président de l'Association des fédérations olympiques des Jeux d'été (ASOIF), Denis Oswald, dans une lettre envoyée au CIO en mars dernier.

Les fédérations font valoir que le mode de répartition actuel date d'une époque où «il n'y avait pas grand-chose à partager», selon Andrew Ryan, directeur de l'ASOIF, établie à Lausanne. Lors de la signature du contrat entre l'USOC et le CIO, les Jeux de Sarajevo et de Los Angeles avaient rapporté 380 millions de dollars. Dix ans plus tard, l'ensemble des recettes des Jeux de Salt Lake City et d'Athènes s'est monté à 4,2 milliards de dollars, onze fois plus qu'en 1984.

Une «dimension politique»

La part des fédérations a progressé elle aussi, mais pas dans les mêmes proportions. Or depuis les Jeux de Pékin, leurs dépenses ont considérablement augmenté. En cause, les nouveaux règlements antidopage qui portent à leur charge des contrôles très coûteux. «Les frais d'analyses représentent à eux seuls une part importante de leurs revenus, parfois plus de 10%», explique Andrew Ryan qui y voit un argument supplémentaire pour une révision du système.

En fait, le comité américain et le CIO sont en discussion depuis plus d'un an sur une éventuelle modification du mode de répartition. Leurs représentants se seraient rencontrés une douzaine de fois, sans arriver à un accord. Les négociations auraient dû rester secrètes, mais la lettre de Denis Oswald, envoyée en copie à tous les comités nationaux, a mis le feu aux poudres.

Ne pas nuire à Chicago 2016

Lors d'une assemblée en avril, le vice-président de l'ASOIF, Hein Verbruggen, a estimé que le dossier avait une «dimension politique», précisant que le comité américain n'avait «pas hésité à demander à Washington de faire pression sur tout le monde».

Le président du CIO, Jacques Rogge, assure que la clé de répartition sera modifiée d'ici à 2020. Il confirme que d'ici là, l'USOC accordera une «aide supplémentaire» aux autres comités nationaux et aux fédérations.

Andrew Ryan ne cache pas qu'il s'attend à un «geste de bonne volonté» de la part de l'USOC, qui ne tiendrait pas à insuffler un sentiment anti-américain chez les membres du CIO alors que Chicago est en lice avec Madrid, Rio de Janeiro et Tokyo pour décrocher les Jeux de 2016. Les délégués feront leur choix en octobre 2009.