Aucun appareil conçu pour recevoir internet depuis le sol, un modèle d’affaires incertain, une concurrence effrénée… C’est peu dire que la course à la diffusion d’internet depuis l’espace a quelque chose d’irrationnel. Dans la nuit de lundi à mardi, la société américaine SpaceX a mis en orbite 60 satellites destinés à cet usage. Ils sont désormais 180 à évoluer autour de la Terre. Le projet Starlink de SpaceX est le plus avancé. Mais il n’est pas le seul: le géant de l’e-commerce Amazon et la société américaine OneWeb ont des projets similaires. Même Apple pourrait s’intéresser à ce marché.

Actuellement, environ 2200 satellites au total tournent autour de la Terre. Ce chiffre devrait exploser dans les prochains mois, principalement à cause d’un homme: Elon Musk. Le directeur de SpaceX – mais aussi de Tesla – voudrait à terme lancer… 40 000 satellites pour son projet Starlink. Ces appareils pèsent environ 200 kilos et atteindront progressivement une orbite de 550 kilomètres. Ils doivent ensuite créer un maillage fin de la planète pour y diffuser internet à haut débit.

Commercialisation cette année?

SpaceX entend se concentrer sur les zones où les connexions sont rares et à bas débit, comme dans certains pays en voie de développement, des zones rurales, voire les océans. L’entreprise compte procéder à 23 lancements supplémentaires cette année depuis Cap Canaveral en Floride pour larguer chaque fois 60 satellites dans l’espace. Son objectif est de lancer ses activités cette année encore aux Etats-Unis et au Canada, avant de s’étendre à d’autres régions.

Mais tout cela est hautement hypothétique. Car il n’existe pour l’heure aucun terminal, sur Terre, pour recevoir ainsi internet. Un appareil de la forme d’un carton à pizza a été évoqué par la société, sans donner aucun détail. Aucun smartphone standard n’est capable de se connecter à des satellites. Et l’on ne sait rien des débits proposés pour internet, ni des prix.

Dix milliards de dollars

Devisé par SpaceX à 10 milliards de dollars (9,72 milliards de francs), ce projet n’est pas le seul. Amazon, via son projet Kuiper, entend imiter la société d’Elon Musk en lançant au total 3000 satellites. Mi-décembre, le groupe fondé et dirigé par Jeff Bezos – l’homme le plus riche de la planète – annonçait l’installation du siège de Kuiper dans l’Etat de Washington dans des bâtiments de 20 000 mètres carrés. De son côté, la société américaine OneWeb travaille avec Airbus pour lancer environ 600 satellites.

Apple pourrait être le prochain entrant sur ce marché en devenir. Fin décembre, Bloomberg révélait que le groupe de Cupertino était en train de constituer une équipe pour proposer des services similaires, en engageant notamment deux spécialistes des satellites ayant travaillé chez Google. On ne sait encore rien de ce projet, aussi secret que celui appelé «Titan», consacré aux voitures autonomes, sur lequel Apple travaillerait depuis des années.

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A noter que Google se concentre plutôt sur des ballons évoluant à haute altitude pour diffuser internet dans certaines régions précises, alors que Facebook semble avoir arrêté le développement de projets similaires.

Contrôle total

Pourquoi un tel intérêt pour la diffusion d’internet par l’espace? Ce serait, notamment pour Apple, un moyen de posséder un lien plus direct encore avec le consommateur. Plus besoin de passer par des opérateurs de téléphonie mobile: la société produirait non seulement les téléphones, les logiciels, mais en plus les réseaux… De leur côté, SpaceX, Amazon ou OneWeb pourraient devenir des opérateurs mondiaux, concurrençant à eux seuls tous les opérateurs de téléphonie mobile sur la planète.

Mais l’on est encore très loin de cette situation. Car créer des nouveaux réseaux est coûteux et nécessite, comme on l’a vu, de nouveaux appareils pour s’y connecter. «Les leçons tirées des échecs antérieurs comme ceux d’Iridium, de Globalstar et de Teledesic montrent qu’il est vraiment difficile de trouver un modèle d’affaires viable pour des projets de communications par satellite de plusieurs milliards de dollars», déclarait ainsi à Bloomberg Tim Farrar, expert en satellites et directeur de la société de recherche californienne TMF Associates.


Arianespace compte lancer plus de 300 satellites en 2020

Arianespace compte lancer plus de 300 satellites en 2020, soit la moitié de ce qu’elle a placé en orbite en quarante ans, à la faveur notamment du déploiement de la constellation OneWeb, a affirmé mardi son président exécutif Stéphane Israël. Depuis 1980, Arianespace a lancé 616 satellites. Elle table cette année sur «plus de 300, grâce notamment à la poursuite du déploiement des satellites OneWeb et de la mission rideshare SSMS» à bord de la fusée italienne Vega, qui emportera une quarantaine de petits satellites.

Outre les vols inauguraux d’Ariane 6 et Vega C, «en 2020, on peut espérer réaliser jusqu’à 12 lancements depuis la Guyane: jusqu’à cinq Ariane 5, quatre Soyouz et trois Vega», a affirmé Stéphane Israël lors d’une conférence de presse, en poursuivant: «A ces missions vont s’ajouter des missions depuis les cosmodromes russes de Baïkonour et Vostochny.» AFP