Transformation

Au fond des bois, un campus bâti sur des préceptes philosophiques

L’école Steiner de Bois-Genoud rénove ses locaux par étapes. Le premier bâtiment imaginé par les architectes annonce la mue du site dans les années à venir

Une enclave boisée en contrebas d’une autoroute que cerne une forêt domaniale dans l’Ouest lausannois. Sur ces terres acquises en 1992 sur la commune de Crissier par la Fondation Rudolf Steiner, une trentaine d’hectares de terrain à la végétation mixte entre bois, terres agricoles et parcs, s’égayent en toute liberté les élèves de l’école de Bois-Genoud, une institution privée à l’abri des regards mais ouverte aux quatre vents. Car c’est dans ce décor bucolique planté de constructions hétéroclites, dont Le Castel, une demeure de la fin du XVIIIe siècle reconvertie en restaurant qui propose des produits issus de l’agriculture biologique, que se niche l’école, complexe de pavillons préfabriqués.

Répartis sur le terrain de manière à ce que chacun soit circonscrit par un élément végétal, définissant les cours extérieures par tranche d’âge (petits, moyens et grands), ces baraquements, ainsi que ceux dévolus au secrétariat, à la salle des maîtres ou au réfectoire, donnaient une tonalité désuète façon Petite Maison dans la prairie à l’endroit, auquel il fallait insuffler une nouvelle fraîcheur tout en suivant les préceptes philosophiques et éducatifs liés à l’école.

Le campus de maisonnettes sur un seul niveau avec un accès permanent sur l’extérieur – le rapport direct à la nature étant un des ­fondements de la pédagogie de Rudolf Steiner – était donc appelé à se convertir à l’architecture du XXIe siècle, par étapes, afin ne pas perturber la scolarité des élèves.

Le complexe de l’école Steiner a donc été entièrement repensé par le bureau lausannois Localarchitecture, dont ce pavillon destiné aux élèves de 14 à 18 ans marque la première phase de rajeunissement. Les trois associés, Manuel Bieler, Antoine Robert-Grandpierre et Laurent Saurer, se sont fait remarquer récemment par des réalisations emblématiques, notamment la chapelle des diaconesses de Saint-Loup (en 2008), intrépide construction en origami de bois, ou encore le couvert de la place du Marché à Renens en 2011, canopée de béton perforée d’arbres.

La notion d’atmosphère est au cœur du travail des architectes, ainsi que le souligne Antoine Robert-Grandpierre: «La présence charismatique d’un bâtiment rejaillit sur l’atmosphère d’un lieu, c’est ce qu’on cherche avant tout à travers un projet.» Ce pavillon en bois structurel, dont le chantier a duré cinq mois et demi, temps record pour un bâtiment de cette ampleur, et qui fut opérationnel dès la rentrée scolaire 2012, se découpe avec une élégance aérienne dans ce coin de terre, en harmonie avec les modules existants et en symbiose avec la nature.

C’est l’implantation du site, bordé, côté nord, de lignes à haute tension et de l’autoroute en surplomb, qui a déterminé la forme de la boîte de bois, comme l’explique Manuel Bieler: «Nous avons conçu un bâtiment solaire passif. Dans ce projet, il y a toute une réflexion énergétique: le pavillon est très fermé à l’arrière pour le protéger des nuisances et du froid. La façade entièrement vitrée s’ouvre vers le sud, ce qui permet un chauffage passif par le soleil. En été, les coursives, sortes de balcons suspendus, font office de protection solaire naturelle lorsque le soleil est plus haut. Leurs dimensions ont été déterminées en fonction de sa course: plus étroites à l’est, plus larges à l’ouest.» Lorsque l’hiver est rude et que le site est plongé dans le brouillard, un chauffage d’appoint est produit par des cellules photovoltaïques qui recouvrent la toiture et par une pompe à ­chaleur.

Entièrement conçu de cadres de bois préfabriqués pour un montage rapide, du mélèze à l’extérieur et du sapin à l’intérieur, que l’on a simplement blanchi à la chaux pour éviter qu’il ne jaunisse en étant exposé aux rayons UV, le bâtiment recèle des dalles mixtes en bois-béton, pour des raisons phoniques, entre les étages. Le métal, sous forme de câbles tressés supportant les coursives, ayant une fonction statique, allège esthétiquement la structure, qui s’adoucit sous ce tissage arachnéen de filins d’acier et de grillage formant les garde-corps le long de la rampe de bois.

Dans l’organisation de l’espace, les architectes n’ont aménagé aucune circulation intérieure, les élèves étant obligés de sortir à l’air libre lorsqu’ils se rendent d’une salle à l’autre, chacune ayant une entrée sur l’extérieur. Cette absence de hiérarchie dans l’aménagement obéit à l’un des principes fondateurs de l’école prônant que petites et grandes classes soient au même niveau.

«Nous avons construit un pavillon sur trois étages en prolongeant les salles de classe par de larges balcons à fleur de sol séparés des espaces intérieurs par des baies vitrées coulissantes, ce qui permet de les utiliser comme lieux d’enseignement à la belle saison», explique Manuel Bieler, notant que seuls de petits halls qui font office de vestiaires distribuent les salles de classe.

«Les coursives ont un rôle à la fois dans le processus pédagogique, dans la répartition énergétique et comme élément architectural», souligne Manuel Bieler. Le fait que l’on puisse pénétrer dans le bâtiment par plusieurs entrées reprend la distribution même du campus auquel on accède soit depuis le Castel, soit par le parking, ou encore depuis l’arrêt de train qui se trouve derrière. «L’espace est public, non protégé», ajoute Manuel Bieler.

Imaginer une école privée telle que celle de Bois-Genoud a permis aux architectes d’exprimer leur créativité, davantage que s’il s’était agi d’une institution pu­blique, comme le relève Antoine Robert-Grandpierre: «Concevoir cette école nous a permis de développer une autre manière d’appréhender un lieu d’enseignement, ouvert sur la nature.»

Dans l’organisation de l’espace, les architectes n’ont aménagé aucune circulation intérieure

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