S&P Dow Jones a évalué la performance des fonds de placement actifs, ceux qui par leur habileté promettent de battre l’indice de référence. Le rapport publié lundi est inquiétant pour les gérants.

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Seuls les fonds en actions suisses et en actions danoises offrent un rendement annuel plus élevé que l’indice de référence sur un an, en l’occurrence l’indice S&P Switzerland BMI pour les fonds suisses. Seuls 78% des fonds en actions suisses et 97% des fonds en actions danoises y sont parvenu. Pour les plus longues périodes même ces fonds-là sous-performent.

Sur dix ans, 74% des fonds suisses sous-performent

Sur trois ans, 52% des fonds en actions suisses surperforment encore l’indice, sur cinq ans ils ne sont plus que 38% et sur dix ans 26%.

L’indice de référence a baissé de 1,29% sur un an (à fin 2016), s’est apprécié de 4,85% par an sur trois ans, de 11,26% sur cinq ans et de 3,12% sur dix ans. Le meilleur quart des fonds en actions suisses est parvenu à battre l’indice grâce à une hausse de 7,8% sur un an, 8,9% sur trois ans, 14,2% sur cinq ans et 4,1% sur dix ans.

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La comparaison avec l’indice est particulièrement cruelle pour les fonds en actions internationales (sous-performance pour 94% à un an, 80% à trois ans, 91% à cinq ans, 94% à dix ans), en actions européennes (sous-performance pour 84% à un an, 54% à trois ans, 55% à cinq ans et 76% à dix ans) et en actions américaines (sous-performance pour 67% à un an, 93% à trois ans, 92% à cinq ans et 91% à dix ans).

Très faible performance des fonds émergents

La théorie voudrait qu’un gérant batte l’indice sur des marchés peu efficients et peu analysés par les investisseurs. Les deux exemples qui sont généralement proposés sont les actions de petites et moyennes sociétés («small and mid-caps») et les actions émergentes en raison de la difficulté à obtenir toutes les informations nécessaires. De fait, les fonds en petites et moyennes valeurs britanniques ont battu l’indice sur un an (à 63%). Par contre le rapport montre que 94% des fonds émergents sous-performent leur indice à un an, 87% à trois ans, 98% à cinq ans et 100% à dix ans. Aucun fonds émergent n’a donc battu leur indice sur le long terme.

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Les professionnels recommandent aux investisseurs de ne pas se concentrer sur une analyse d’un fonds de placement sur une période d’un an en raison des aléas des marchés. Mais le rapport de S&P Dow Jones montre que plus la durée d’observation est longue et plus la sous-performance s’aggrave.

Ces statistiques ne manqueront pas d’alimenter l’inquiétude des investisseurs et des régulateurs sur les fonds actifs, par ailleurs toujours largement majoritaires en Europe. Les autorités, dans leur volonté de renforcer la protection des investisseurs, critiquent fréquemment le coût des fonds actifs. Des stars de la gestion, y compris Warren Buffett, soulignent à l’inverse les mérites des ETF et des fonds indiciels.

La taille des fonds de placement, en termes d’actifs sous gestion, n’est pas un indicateur de surperformance, indique aussi le rapport.

Enfin, la survie des fonds est remise en cause dans la mesure où plus de 50% des fonds en euros ont disparu au cours des dix dernières années, soit parce qu’ils ont été liquidés, soit parce qu’ils ont dû être fusionnés. Sur 194 fonds en actions suisses, 87% ont «survécu» au cours des trois dernières années, 75% sur cinq ans et 65% sur dix ans.