Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Après l’entrée du fonds activiste Third Point au capital de Nestlé, tous les regards se tournent vers Danone. Le groupe agroalimentaire pourrait devenir, comme en 2012, la «proie» d’investisseurs à la recherche de gains rapides.
© AFP Photo/Pierre Andrieu

Gouvernance

Les fonds activistes font trembler les sociétés cotées européennes

La réponse de Nestlé aux exigences du fonds d’investissement Third Point pourrait encourager ces «barbares» d’un genre nouveau cherchant le profit à court terme à imposer leur loi en Europe. Le Vieux Continent n’a pas d’arsenal juridique pour leur résister

Il n’a fallu que 48 heures. Dimanche, le fonds dit «activiste» Third Point annonçait avec fracas son entrée dans le capital de Nestlé ainsi que les détails d’une thérapie choc qu’il entendait lui imposer pour augmenter sa marge d’exploitation. Lundi, le géant de l’agroalimentaire s’en tenait à un vague communiqué évoquant un «dialogue ouvert avec tous nos actionnaires», avant d’annoncer mardi un programme de rachat d’actions à 20 milliards de francs. L’une des revendications principale du fonds new-yorkais.

Lire aussi «Nestlé rachètera pour 20 milliards de francs d’actions»

Après avoir affûté ses armes sur le géant veveysan, une nuée de ces turbulents investisseurs américains s’apprête-t-elle à déferler sur l’Europe? Du côté des analystes, c’est clairement le sujet du moment. «Les barbares aux portes du CAC 40», éditorialisait mardi le quotidien économique français Les Echos. D’autres rappellent que l’entreprise pharmaceutique britannique Reckitt Benckiser a sous-performé et pourrait constituer une «proie idéale». Ou que Danone a déjà prêté le flanc à de telles «invasions» en 2012. Après cinq années difficiles pour les investisseurs, le fonds Trian voulait pousser le groupe agroalimentaire français à accroître les marges et réaliser des rachats d’actions.

Viser plus grand, plus gros

Aux Etats-Unis, les fonds activistes, qui cherchent à bouleverser la stratégie d’une entreprise pour en tirer un maximum de revenus sur le court terme, sont déjà parvenus à faire plier des géants tels que Yahoo!, Valeant ou Kraft Heinz. Mais, poussés par la saturation de leur marché et l’élaboration de législations anti-fonds activistes, ils cherchent désormais bonne fortune dans d’autres régions et hors de leurs secteurs de prédilection.

Lire aussi «Un fonds activiste américain contre les «vieilles manières» de Nestlé»

Et les fonds visent toujours plus grand. Jamais Third Point ne s’était attaqué à une entreprise de la taille de Nestlé, avec sa capitalisation boursière de 252 milliards de francs suisses. L’investissement du hedge fund de 3,5 milliards de dollars représente près d’un cinquième de ses propres capitaux. Son plus gros pari spéculatif, en 22 ans d’histoire. Le signe qu’il n’est pas près de lâcher prise.

Arsenal de défense anti-activistes

D’autant que l’Europe n’est juridiquement que faiblement équipée pour lui faire face. Aux Etats-Unis, la banque JPMorgan Chase dispose, par exemple, d’une équipe de défense contre l’activisme actionnarial. «Les types de protection structurelle qui existent aux Etats-Unis, comme les poison pills (ndlr: des outils de dissuasion qui rendent une prise de contrôle plus difficile et onéreuse) ou les conseils d’administration échelonnés (ndlr: avec droits de vote différenciés), sont moins communs ou illégaux en Europe», explique le chef de sa division, David Hunker, cité par Bloomberg.

En Suisse, l’ajout de nouveaux membres aux conseils d’administration s’effectue même sur simple vote majoritaire des actionnaires, sans aucune autre forme de contestation possible. Contacté par Le Temps sur l’éventualité d’intégrer un membre de Third Point dans son board, Nestlé n’a pas souhaité commenter.

S’ils ont fini par faire partie du paysage financier américain, les fonds activistes suscitent encore de l’hostilité dans les autres régions du monde. Au Japon, Third Point a échoué tant avec l’industriel Suzuki qu’avec le groupe de divertissement Sony à faire accepter ses remèdes chocs.

Ruiner une entreprise

Pour Jean-Philippe Bertschy, analyste chez Vontobel, cette évolution est à prendre au sérieux. Ces fonds américains dont l’objectif est de «créer beaucoup de valeur à court terme» peuvent représenter un danger pour la croissance à long terme de l’entreprise. «Les nouveaux actionnaires arrivent, coupent dans la recherche et le développement, et le modèle d’affaires de l’entreprise finit par s’effondrer. Si Nestlé n’avait pas investi sur le long terme, ils n’auraient jamais sorti Nespresso.» Et l’analyste de citer l’acquisition de l’entreprise pharmaceutique canadienne Valeant, il y a deux ans, par l’investisseur activiste Bill Ackman, après l’avoir exhorté dans une lettre à se «regarder dans le miroir». L’action de la société avait perdu 95% de sa valeur quand le milliardaire s’est retiré.

Pourtant, la venue des activistes avec leurs méthodes de communication agressives peut également rendre service à des directions paralysées par un conseil d’administration ou des chefs de département trop rétifs. «Jusqu’à il y a peu, il fallait voir Nestlé comme un royaume paralysé par de vieux barons, image un observateur de l’industrie agroalimentaire. Auprès des gouvernements des Etats où ils sont leaders, ils sont traités comme des rois. Ils n’ont donc pas envie de désinvestir.»

Pour Jean-Philippe Bertschy, Third Point a fait bouger les lignes mais «n’a pas fait plier Nestlé. Ce serait faire injure à Mark Schneider (ndlr: le nouveau directeur du groupe) et à tous les investisseurs qui ont des vues similaires depuis des années.» Sans pour autant bénéficier de la caisse de résonance de Third Point.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo economie

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

Candidate au prix SUD de la start-up durable organisé par «Le Temps», la société Oculight est une spin-off de l’EPFL qui propose des aides à la décision dans l’architecture et la construction, aménagement des façades, ouvertures en toitures, choix du mobilier, aménagement des pièces, pour une utilisation intelligente de la lumière naturelle. Interview de sa cofondatrice Marilyne Andersen

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

n/a
© Gabioud Simon (gam)