Fonds de placement

Les fonds alternatifs en mouvement

Sous la pression des réglementations, l’industrie des hedge funds continue sur la voie de la consolidation. Les plus petits acteurs du secteur disparaissent au profit des grands, qui continuent d’avoir la préférence des investisseurs institutionnels. Par Regina Anhorn, responsable de projet, Haute Ecole des sciences appliquées de Zurich (ZHAW)

Les fonds de hedge funds représentent toujours une activité majeure en Suisse, avec une part de marché estimée à 30%, en ce qui concerne le ­contenu «suisse» des 50 plus grands fonds de hedge funds dans le monde. En automne 2012, la Haute Ecole des sciences appliquées de Zurich (ZHAW) a publié une étude réalisée auprès de gestionnaires de fonds de hedge funds et de single hedge funds, opérant hors de Suisse sur une fortune de plus de 200 milliards de dollars. Les participants à l’enquête sont très représentatifs des trois principaux centres géographiques de hedge funds: Genève, Pfäffikon/Schwyz et Zurich. Ce dernier représente plus de 40%, ce qui reflète la présence non seulement de quelques-uns des grands fournisseurs mondiaux, mais également celle des bureaux suisses de hedge funds étrangers. Genève (plus de 20%) est le haut lieu des fournisseurs de hedge funds, lesquels se distinguent également par une longue tradition de banque privée et de gestion de fortune, tels que la Banque Privée Edmond de Rothschild, Lombard Odier Darier Hentsch, Mirabaud ou Pictet & Cie. Cependant, les hypothèses selon lesquelles Genève va se transformer en un «hot spot» pour les gestionnaires de hedge funds, au détriment de Londres, ne se sont pas concrétisées, les taux d’imposition, les questions de réglementation et le marché des changes ayant contrecarré des espoirs exagérés. Enfin, Pfäffikon/Schwyz (20%) a connu une forte expansion des activités de gestion de fonds entre 2000 et 2010, exprimée par une croissance annuelle de 20% des «autres services financiers».

Nouveaux modèles

Ce qui caractérise encore la Suisse en tant que centre des hedge funds est sa tradition de gestion institutionnelle, de gestion d’affaires familiales et de gestion de fortune privée. Ainsi, la proximité des investisseurs a-t-elle été identifiée comme étant l’argument clé grâce auquel la Suisse a attiré des hedge funds. Toutefois, lorsqu’on leur a demandé quels facteurs pourraient contribuer à augmenter l’attractivité de la Suisse, 90% des répondants ont invoqué un cadre réglementaire plus constructif pour les opérations de hedge funds en Suisse. Considérant une croissance de presque 10% des «autres prestataires de services financiers» comme les hedge funds de 2000 à 2011, et le fait que cette sous-industrie représente environ 10% du secteur financier en Suisse, un cadre réglementaire concurrentiel est absolument nécessaire.

Rapide croissance des single hedge funds

Suite à la crise financière, des ajustements importants ont d’ores et déjà été réalisés sur les modèles d’affaires: les établissements ont dû répondre à la pression croissante de réglementation, au manque de confiance de la part des clients privés, à la demande croissante de produits liquides et au besoin grandissant en matière d’infrastructures opérationnelles. Parmi la longue liste de changements, ce sont les mises en place de nouveaux fonds et l’offre de nouveaux produits (principalement des structures UCITS) qui ont été le plus souvent adaptées. Selon les prévisions des participants, d’autres ajustements suivront. La priorité numéro un, selon l’enquête, est l’adaptation de la structure de la clientèle vers les zones de croissance, directement suivie par l’ambition de mettre en place de nouveaux fonds et/ou de nouvelles stratégies. Exemple: 40% des répondants s’attendent à voir plus de dynamisme dans la région Asie-Pacifique. Pour soutenir la croissance des actifs, l’augmentation des effectifs des front-offices est placée en tête des préoccupations.

80% des personnes interrogées sont convaincues qu’au cours des trois prochaines années, les single hedge funds vont se développer plus vite que les fonds de hedge funds; les investisseurs institutionnels étant devenus plus sophistiqués, ils préfèrent les investissements directs dont le contrôle est meilleur et les frais moindres. Quoi qu’il en soit, la plupart des fonds lancés en Suisse au cours des deux dernières années ont ciblé les investisseurs qualifiés, où les niveaux d’investissement minimum sont considérablement plus élevés que pour les produits suisses enregistrés.

Consolidation en route

Les répondants sont convaincus que la tendance à la consolidation dans l’industrie va se poursuivre, notamment grâce à une pression réglementaire qui pénalise les petits gestionnaires et les moyens, à la diminution de la base d’actifs, à la préférence des investisseurs institutionnels pour de grands acteurs établis, et aussi à des économies d’échelle et à la pression des coûts. En 2012 les résultats de l’enquête ont été confirmés par deux transactions clés comme le rachat de FRM Holding, Pfäffikon (actifs sous gestion: 19 milliards de dollars) par Man Group.

Optimisme pour le futur

La révision de la Loi fédérale sur les placements collectifs de capitaux (LPCC) va provoquer une hausse des coûts pour la garde, l’administration et la distribution de hedge funds. Et on peut supposer que certains petits établis­sements ne bénéficiant pas des ­exceptions obtiendront difficilement une licence de la Finma. Une fois leurs obligations remplies suite à la crise financière et la confiance des investisseurs rétablie, les participants à l’enquête ont exprimé leur optimisme quant à la croissance future des actifs sous gestion: 47% des personnes interrogées s’attendent à une hausse de plus de 20% au cours des trois prochaines années.

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