Figurant parmi les premières initiatives privées dans le secteur de la microfinance, le Dexia microcredit fund était présenté jeudi devant un parterre de banquiers Genevois. Lancé officiellement en fin d'année dernière lors du sommet de la Cnuced tenu à Lyon, ce fonds de placement de droit luxembourgeois, mis sur pied par la Banque Internationale à Luxembourg (BIL) et géré par Axa Investment Managers, est aujourd'hui sur le marché, après une gestation de quelque trois ans. «C'est en 1996 que nous avons été approchés pour la première fois dans le but de mettre sur pied un concept de fonds spécialisé dans les instruments de dettes émis par les microbanques, expliquait Bernard Herman, directeur à la BIL. Et si cet instrument a vu le jour, je pense que c'est essentiellement grâce à l'enthousiasme des équipes de la BIL et d'Axa qui se sont penchées sur le projet.»

Trois ans d'efforts représentent en effet une période d'étude et d'analyse relativement longue. A n'en pas douter, cela tient à l'originalité d'une démarche consistant à rassembler dans un même projet souci de rentabilité et développement durable. «Le microcrédit a été une des bonnes surprises pour les Nations unies lors de ces quinze dernières années, commentait Frank Grozel, responsable du projet microfinance au sein de la Cnuced. Une évolution dans les pays en développement qui a clairement démontré la possibilité de substituer des relations d'intérêts mutuels à une logique d'assistance. En ce sens, les microbanques sont des institutions plus ou moins bien gérées, plus ou moins profitables qui cherchent à instaurer un climat de marché entre petits entrepreneurs et bailleurs de fonds pour sortir ces familles du cercle de la pauvreté.»

Dans ce contexte, les microbanques ont un rôle essentiel à jouer car elles représentent les seuls organismes donnant accès au crédit à toute une fraction de la population mondiale travaillant dans ce que l'on appelle l'économie de l'ombre. Et les besoins sont énormes. On évalue aujourd'hui le nombre de micro-entrepreneurs à quelque 500 millions dans le monde, soit, avec leurs familles, 3 milliards de personnes dépendantes d'à peine 10 000 institutions de microfinance, selon le recensement de la Banque mondiale. Mais ce qui ne manque pas de surprendre les néophytes, c'est que les meilleurs de ces organismes atteignent des taux de rendement sur fonds propres flirtant les 30%, avec des défauts de paiements ne dépassant les 3% pour les pires d'entre eux. De la à conclure que les «pauvres» sont des débiteurs fiables dont l'éthique est rarement prise en faute, le pas est vite franchi.

Une œuvre de pionniers

Les responsables du fonds Dexia ont pleinement souscrit à cette philosophie consistant à créer et distribuer une nouvelle classe d'actifs, tout en contribuant au développement des microbanques par l'accès à des sources de financement alternatives. «Jusqu'ici, ces institutions ont eu essentiellement recours à des subsides comme mode de refinancement, poursuivait Bernard Herman. Notre but est d'introduire une notion de marché que les microbanques appellent d'ailleurs de leurs vœux pour une meilleure planification de leurs activités de crédit.» Dans ce contexte, le fonds Dexia est bien décidé à soutenir toute initiative de titrisation des instruments de dettes pour une meilleure liquidité de cette classe d'actifs.

Dans les points forts liés à ce type d'investissements, les responsables du fonds ont relevé une faible sensibilité de prix pour ces instruments de dette à court terme (entre trois et six mois) et un risque de crédit modéré compte tenu de la fiabilité des clients de ces microbanques. En d'autres termes, la rentabilité du fonds devrait être attractive en comparaison des obligations souveraines ou de grandes sociétés des pays émergents. Le fonds Dexia de microcrédit escompte ainsi un rendement annuel moyen sur trois ans de 1% supérieur au Libor sur le dollar américain. A l'heure actuelle, il dispose d'une fortune de 10 millions de dollars dont 17% sont investis dans des microbanques. Un montant qui devrait rapidement doubler, avec comme objectif une allocation d'actifs répartie pour 80% dans les dettes des microbanques d'ici à trois ans. «Notre intention est d'avancer progressivement, exposait Vincent Comet d'Axa. D'abord pour sécuriser nos placements et ensuite pour nous habituer aux concepts de cette classe d'actifs particulière.» L'accès aux dettes des microbanques restreint à un nombre limité de pays, l'absence de notation, le manque d'informations centralisées sur ces institutions et les coûts élevés des transactions démontrent suffisamment que les initiateurs du projet font œuvre de pionniers. Le monde de la microfinance a tout à y gagner.