Payer des frais élevés correspondant à la gestion active, pour obtenir au final des fonds qui se limitent à copier leur indice de référence? Depuis un peu plus d’un an, des instances de régulation et groupes de défense des intérêts des investisseurs ont décidé de s’attaquer à la pratique dite du «closet indexing», comme on l’appelle dans le jargon.

Des fonds indiciels déguisés

En février de l’an dernier, l’ESMA, l’autorité européenne de surveillance des marchés financiers, avait déjà publié une prise de position à ce sujet. Le régulateur estimait que cette pratique peut potentiellement nuire aux investisseurs, dans le sens où ceux-ci payent des frais, qui sont parfois deux ou trois fois plus élevés que pour des produits gérés de manière passive (ETFs), sans pour autant obtenir le profil risque/rendement escompté.

S’appuyant sur un échantillon de 2600 fonds analysés entre 2012 et 2014, l’étude estimait qu’entre 5 et 15% des fonds en actions (UCITS) passés en revue pouvaient être considérés comme des «closet indexers». Dans la foulée, une étude de Morning Star estimait au printemps dernier qu’environ 20% des fonds en actions européens qui prétendent pratiquer une gestion active sont en réalité des «fonds indiciels déguisés».

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Un an plus tard, Better Finance, un groupe de défense des intérêts des investisseurs, a examiné la performance de 1013 fonds en actions européens. Sur ce nombre, 165 d’entre eux pouvaient être considérés comme des fonds qui suivent un indice, a estimé Better Finance, cité à la mi-février par le Financial Times.

Une part active atteignant au moins 60% du portefeuille

Comment distinguer toutefois un fonds géré de manière réellement active d’un «closet indexer»? Better Finance a pris en compte deux critères: d’une part, la société estime que c’est le cas si la part du fonds gérée de manière réellement active («active share», dans le jargon) est inférieure à 60%; d’autre part, si le «tracking error» (ndlr: écart entre un fonds et son indice) est inférieur à 4%. Pour qu’un fonds soit considéré comme actif, Morning Star estimait aussi qu’il était nécessaire qu’une part atteignant au moins 60% du portefeuille diffère de l’indice de référence.

Spécialiste du domaine des fonds, Babak Abrar, directeur de la distribution pour la Suisse romande, la France et Monaco chez Natixis Global Asset Management, estime que la proportion de 5 à 15% de fonds faussement actifs citée par l’ESMA est réaliste. «Sur une dizaine d’années, la part des fonds pouvant être considérés comme des closet indexers est restée relativement stable, se maintenant aux environs de 10%», estime l’expert.

Préserver la confiance des clients

Les clients étant libres de choisir les fonds qui leur conviennent, pourquoi faut-il s’inquiéter de cette problématique? Aux yeux de Babak Abrar, l’enjeu est de préserver la confiance des clients. «C’est un peu comme lorsque vous devez faire réparer votre voiture. Si vous allez une première fois chez un garagiste qui vous fait surpayer ses services, vous pensez que vous êtes allé à la mauvaise adresse. Mais, si la situation se répète une deuxième ou une troisième fois, vous finissez par perdre confiance dans toute la branche», illustre-t-il. Selon lui, il est dès lors absolument indispensable que les clients qui achètent des fonds paient des frais qui correspondent à la prestation attendue.

Se concentrer sur le long terme

L’expert estime qu’une partie de ce problème résulte de l’aversion au risque de certains gérants. «Beaucoup de gérants ne veulent pas prendre de risque. Si un client souhaite avoir par exemple 10% d’actions américaines, il arrive souvent que le gérant choisisse un fonds proche de l’indice de référence, par exemple le S&P 500, pour qu’on ne lui reproche pas d’avoir pris des risques trop élevés».

Une approche erronée, car il faut se concentrer sur la performance à long terme d’un fonds, pas ses variations à court terme, estime l’expert: «Plus l’active share d’un fonds est élevée, plus l’intérêt du client final est aligné avec celui du gérant sur le long terme. Il faut que le client et son conseiller acceptent de s’appauvrir sur le court terme pour s’enrichir sur le long terme», souligne-t-il.