Bilan

Les fonds gérés durablement connaissent une «forte progression»

Les investisseurs institutionnels montrent de l’intérêt. La Berne fédérale aussi

La finance durable perd de sa marginalité. Elle est même en train de gagner ses lettres de noblesse au sein de l’industrie suisse des placements. «Nous nous attendons à une forte croissance des actifs gérés selon les principes de la durabilité», assure Sabine Döbeli, directrice de Swiss Sustainable Finance (SSF), l’organisation faîtière de ce segment. Les chiffres relatifs au marché sont publiés en rythme annuel. Les données pour 2016 sont attendues le printemps prochain.

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Les chiffres pour 2015 publiés en mai dernier montraient néanmoins une progression marquée des fonds sous gestion. Ceux-ci avaient augmenté de près de 170% par rapport à l’année précédente pour atteindre 191,9 milliards de francs, quelque 3% de la fortune gérée en Suisse. Un bond qui s’expliquait alors par l’inclusion, nouvelle, des fonds spécialisés gérés à l’intérieur des banques, et par un intérêt nettement accru de la part d’investisseurs privés.

Pour cette année, Sabine Döbeli ne livre pas de chiffres – les résultats des sondages envoyés par SSF ne sont pas encore rentrés – mais la croissance devrait être soutenue non seulement par les investisseurs privés, mais aussi par les institutions de prévoyance. Après une longue phase d’indifférence ou de méfiance, celles-ci commencent à se mobiliser.

Création d’une association

En décembre 2015, quelques-unes des plus importantes caisses de pension et assurances (Compenswiss, Publica, celles de La Poste, des CFF et la Suva notamment) créaient l’Association suisse pour des investissements responsables (ASIR) afin d’inciter les gérants du 2e pilier à intégrer les placements durables dans leurs stratégies d’investissement. La puissance de feu de ces investisseurs est considérable puisque les seuls avoirs du 2e pilier avoisinent 800 milliards de francs.

La sensibilisation de ces institutions est accélérée par la révision cette année de la directive européenne sur les institutions de retraite (IRP). La directive IRP II, approuvée en juin par la Commission et le Parlement, contraint les institutions assujetties à prévoir dans leurs stratégies une place pour des placements durables. Cette directive ne s’applique naturellement pas à la Suisse. Mais elle donne le ton également aux organisations indigènes, espère Sabine Döbeli.

«L’on peut espérer un intérêt accru»

«Entre cette contrainte nouvelle et le fait que les médias parlent toujours plus de finance durable, l’on peut espérer un intérêt accru de la part des responsables des caisses de pensions suisses et des autres investisseurs institutionnels», juge-t-elle.

Les exigences réglementaires sont moins poussées en Suisse que dans les pays voisins mais une prise de conscience se fait jour. En juillet, des «Propositions pour une feuille de route vers un système financier durable en Suisse» étaient élaborées par un groupe d’experts venant aussi bien de milieux académiques (principalement le Swiss Finance Institute), de l’administration (à commencer par l’Administration fédérale des finances, la Finma et l’Office fédéral de l’environnement) que de l’industrie financière (le groupe SIX, Swiss Re et UBS entre autres) voyait le jour.

La bonne volonté des acteurs

Estimant que «pour créer les conditions d’une croissance robuste, l’économie réelle doit se transformer en une économie verte et inclusive», ce groupe a estimé que «le secteur financier doit permettre et accélérer cette transition» en «s’abstenant de financer des activités nuisibles». Et de citer comme exemple d’investissements durables les énergies propres, les infrastructures économes en ressources et la préservation de la nature.

Cette feuille de route se fonde toutefois sur la bonne volonté des acteurs en présence et ne mentionne pas de contraintes réglementaires à introduire. Néanmoins, le Conseil fédéral a inclus la nécessité pour le secteur financier de développer son savoir-faire en matière de finance durable, ne serait-ce que pour présente «un profil plus aiguisé face à la concurrence internationale», dans son rapport de stratégie pour la place financière paru le 1er octobre dernier.

Le secteur a désormais toutes les cartes en mains pour bien faire. Reste, enfin, à chacun d’identifier les meilleurs véhicules, les meilleurs placements, pour développer un segment apparemment prometteur.

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