Rares sont les établissements de gestion à pouvoir se targuer d'un accroissement des fonds gérés de plus de 50% en une année. C'est pourtant le cas de Unigestion Holding, le gérant de fonds genevois coté en Bourse suisse et spécialisé dans les investissements institutionnels. Profitant d'une demande accrue pour les placements non conventionnels, Unigestion a en effet vu la masse des actifs gérés bondir de 52% à plus de 3 milliards de francs en 2000. Un essor alimenté essentiellement par un afflux de nouveaux fonds et de clients. La performance des placements contribuant à cet accroissement à hauteur de 5-7%, selon les précisions fournies par Patrick Fenal, directeur général, lors de la présentation de ces résultats à la presse mercredi à Zurich. Et le groupe genevois n'entend pas se reposer sur ses lauriers. Il prévoit en effet de doubler les actifs gérés d'ici la fin de l'exercice 2002, ce qui porterait ceux-ci à 6 milliards de francs.

Pour ce faire, les dirigeants du groupe se tiennent à l'affût de partenariats ou d'acquisitions stratégiques, de préférence pour gagner des compétences inédites ou de nouveaux marchés.

Mais trouver l'objet adéquat à un bon prix est un défi difficile à relever. Si bien que l'engagement de spécialistes et la formation de nouvelles équipes pourrait se révéler une solution plus avantageuse, ainsi que le souligne Patrick Fenal. L'établissement genevois, dont le vice-président du conseil d'administration n'est autre que Georges Blum, l'ancien patron de la SBS, affiche déjà une liste impressionnante d'une trentaine de clients institutionnels. Principalement des caisses de pension helvétiques et des assureurs européens (Groupe GAN Assurances, Mondiale, Bâloise). Ainsi, après avoir obtenu en 1999 des mandats de la Bâloise pour des placements en fonds investissant dans des actions non cotées (private equity), Unigestion peut aussi compter depuis l'an dernier Postfinance comme nouveau client, grâce à un mandat dans les obligations internationales.

Se présentant comme une boutique financière spécialisée dans des niches spécifiques destinées à générer de la valeur dans un portefeuille, Unigestion s'est solidement positionné ces dernières années dans deux classes d'actifs non conventionnels: les fonds de couverture (hedge funds) et les fonds en actions non cotées (private equity). C'est d'ailleurs le «private equity» qui a enregistré la plus forte croissance l'an dernier avec une masse sous gestion qui a plus que doublé pour s'établir à un milliard de francs.

Dans les hedge funds, les actifs gérés ont progressé à un rythme de 40% pour s'élever à un milliard de francs. Enfin le solde (un autre milliard) était constitué par les actions, les obligations et le «Family Office», un type de prestations visant à procurer aux familles clientes des placements équivalents à ceux des institutionnels.

Dans les actions, l'officine genevoise se fait forte d'appliquer une méthode quantitative exclusive basée sur la «variance minimale». Dans les placements obligataires, l'établissement s'est spécialisé dans les emprunts à rendement élevé (high yield), une classe d'actifs qui a malheureusement essuyé une mauvaise performance l'an dernier (-14% environ). Un revers qui a heureusement pu être compensé par les hedge funds.

Lors de l'exercice écoulé, le produit des commissions a bondi de 56% à 16,7 millions de francs. Mais l'exercice 2000 ne s'en solde pas moins pour Unigestion par un bénéfice net de 6 millions de francs seulement, en chute de 73%. Ce que Régis Martin, le responsable des finances, explique par le fait que l'établissement genevois n'ait pas encore atteint le seuil de rentabilité opérationnelle. Seuil qui devrait cependant être franchi cette année.

Dans la phase actuelle de développement, une part importante des revenus provient donc

toujours de la performance des fonds propres. Mais au vu de la forte croissance des actifs sous gestion, la contribution des commissions aux revenus d'exploitation est de plus en plus grande. En 2000, le rendement du portefeuille de titres (fonds propres) de Unigestion s'est élevé à 3,4%.