Union européenne

Le fonds Juncker monte en puissance avec 500 milliards d'euros d'ici à 2020

La relance et la création d’emplois sont les points forts du discours annuel sur l’«état de la nation» prononcé mercredi par le président de la Commission, Jean-Claude Juncker. Il a dressé un bilan positif de la première année du fonds d’investissement

Depuis 1976, le groupe Interphoton est un pionnier dans le domaine de l’énergie renouvelable en Grèce. Son dernier projet: réaliser trois champs d’éoliennes dans la région de Sterea Ellada en Grèce centrale, qui produiront 50 MW de courant dès 2018, nécessitant des investissements de 63 millions d’euros (environ 69 millions de francs). Il sera financé à 60% par un prêt de 37,8 millions d’euros négocié auprès d’un consortium de banques et garanti par le Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS) plus connu comme le fonds Juncker, du nom du président de la Commission européenne.

Le FEIS a en effet été largement évoqué par Jean-Claude Juncker dans son discours sur l’«état de la nation» prononcé mercredi devant le Parlement européen à Strasbourg. En substance, il a proposé d’augmenter la capacité du fonds de 315 milliards à 500 milliards d’euros sur la période 2015-2020, voire de la doubler à 630 milliards d’ici à 2020.

«L’objectif final de la Commission ne change pas, déclare Grégory Claeys, économiste chez Bruegel, un centre de recherches et d’analyses politiques et économiques à Bruxelles. Elle a l’espoir que les investissements créent la demande, stimulent la croissance et relancent l’emploi.» En juillet dernier, le taux de chômage était à 10,1% pour la zone euro et à 8,6% pour l’ensemble des Vingt-Huit, soit le double qu’aux Etats-Unis.

Bilan flatteur

La Commission vient de dresser un bilan flatteur de la première année d’activité du fonds Juncker. Celui-ci a déjà mobilisé 116 milliards d’euros dans 26 Etats membres au bénéfice de plus de 200 000 petites et moyennes entreprises (PME). Dans des domaines aussi divers que l’énergie, le transport, l’agriculture, la foresterie, la santé et les sciences de la vie. Le fonds accorde son soutien, comme au projet d’énergie éolienne en Grèce, principalement sous la forme de garantie mais aussi d’investissements dédiés à la recherche et à l’innovation. La Commission espère que chaque euro mis de sa part génère 15 euros d’investissements privés ou publics.

«Nous aidons les PME ayant des projets innovants à préparer leur demande», a expliqué mercredi Jyrki Katainen, vice-président de la Commission chargé de l’Emploi, de la Croissance, de l’Investissement et de la Compétitivité, en marge du discours sur l’état de la nation. «Je suis très satisfait des résultats obtenus à ce jour.»

L’ancien premier ministre finlandais plaide depuis plusieurs mois pour une extension du fonds tant en termes de force de frappe que de durée. Parallèlement, il se bat pour améliorer le climat des affaires en s’attaquant aux nombreux obstacles, à l’instar des exigences élevées de fonds propres, des formalités administratives interminables ou encore des réglementations pléthoriques.

Partisan du fonds Juncker pour relancer l’économie européenne atone depuis la crise financière et économique de 2007-2008, Grégory Claeys a, lui, dressé un bilan mitigé de cette première année d’activité. «Il est important d’investir dans la recherche et dans les infrastructures, dit-il. Mais il est tout aussi important que le fonds, à travers la Banque européenne d’investissement, son partenaire stratégique, soutienne davantage des projets innovants et risqués. Sinon, on reste dans un fonctionnement classique.» L’économiste de Bruegel croit savoir que la Commission ira dorénavant dans cette direction. «De toutes les façons, l’Europe a besoin de combler le déficit en investissements à hauteur de 300 milliards d’euros par année pour retrouver le niveau d’avant-crise», dit-il.

Aussi pour les pays tiers

Jean-Claude Juncker a annoncé la création d’un Plan d’investissement extérieur européen. Doté de 3,35 milliards d’euros provenant du budget d’aide au développement, il pourrait avoir un effet multiplicateur jusqu’à 44 milliards. Le plan sera dédié au développement des infrastructures économiques et sociales et aux PME. Les bénéficiaires seront les pays d’Afrique et les pays voisins de l’Union. In fine, Bruxelles espère que la mobilisation des capitaux donnera une impulsion au décollage économique et, à terme, freinera l’émigration.

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