Le fonds Juncker fait les yeux doux aux investisseurs chinois

Relance Lancé en novembre dernier,le fonds européen FEIS s’ouvre aux capitaux étrangers

Les banques chinoises sont conviées à investir dans une Europe en panne de croissance

Le Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS), plus connu comme le plan Juncker, peut démarrer. Annoncé en novembre 2014 par Jean-Claude Juncker, alors fraîchement élu président de la Commission européenne, il a obtenu l’ultime feu vert mardi dernier de la part des Vingt-Huit.

Les Etats membres ont finalisé la constitution d’un fonds de garantie de 5 milliards d’euros. Auxquels s’ajoutent 16 milliards qui viendront du budget de l’Union et de la Banque européenne d’investissement. Grâce à un effet de levier, le FIES espère se financer à hauteur de 315 milliards sur le marché sur trois ans. La Commission européenne dispose déjà d’une liste de 2000 projets susceptibles d’être financés.

Mais il en faut davantage que les 315 milliards d’euros prévus pour donner une vraie impulsion à l’économie européenne. Celle-ci est certes sortie du tunnel, mais ne connaît qu’une croissance anémique. Raison pour laquelle le FEIS est ouvert aux investisseurs étrangers.

C’est dans ce contexte que quatre grandes banques chinoises – Industrial and Commercial Bank of China (ICBC), China Construction Bank, Agricultural Bank of China et Bank of China – ont été invitées vendredi passé à Bruxelles pour une première présentation du FEIS. Pour l’occasion, Berlin, la capitale allemande, Lodz, une ville polonaise, ainsi que les régions de la Catalogne (Espagne) et d’Ile-de-France (France) ont soumis des projets en technologie de l’information pour obtenir d’éventuels financements.

Selon Luigi Gambardella, directeur de ChinaEU, une association qui promeut les échanges entre la Chine et l’Europe, les quatre banques chinoises seraient prêtes à étudier les propositions européennes.

En réalité, les investisseurs chinois ont déjà pignon sur rue en Europe. L’an dernier, ils ont affecté 18 milliards de dollars aux divers projets. Un record. Entre 2004 et 2008, ils ne misaient pas plus d’un milliard d’euros par an. Le montant est passé à 3 milliards en 2009 et en 2010. Le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie et la France en sont les plus grands destinataires.

Dans une récente interview à EU Observer, un quotidien en ligne dévoué à l’actualité européenne, le vice-président de la Commission Jyrki Katainen, chargé de la Croissance, de l’emploi et des investissements, a confirmé que le FEIS est ouvert aux investisseurs de pays tiers et que plusieurs pays, y compris la Chine, ont montré de l’intérêt. «Ils sont bienvenus dans de nombreux secteurs qui sont d’importance stratégique pour l’Europe, notamment les télécommunications, les transports, l’éducation, la recherche et l’innovation. La nationalité de l’investisseur n’a aucune importance dans ce contexte.»

Hosuk Lee-Makiyama, directeur de l’European Centre for International Political Economy (ECIPE), un centre de recherches et d’analyses basé à Bruxelles, ne cache pas son scepticisme sur le rôle que pourraient jouer les capitaux chinois pour sortir l’Europe de la crise. «Les banques chinoises ont beaucoup de liquidités et ­elles ont accès aux marchés des capitaux, dit-il. Certes. Mais les opportunités d’investissement manquent.» Selon lui, plusieurs entreprises chinoises ou asiatiques veulent venir en Europe, mais se rétractent en disant que le continent n’est pas assez compétitif du point de vue des coûts, de l’expertise et du marché. Il fait également remarquer que la Chine a investi relativement peu dans la dette souveraine ces dernières années. Les dirigeants chinois avaient pourtant promis d’acheter des titres grecs ou portugais.

«Les banques chinoises fonctionnent comme toutes les banques du monde et investissent selon le potentiel de gains», poursuit-il. Elles ne financent surtout pas des projets à l’étranger sur ordre de Pékin. Selon Hosuk Lee-Makiyama, ancien conseiller diplomatique norvégien et représentant européen auprès de l’Organisation mondiale du commerce, les Chinois investiraient bien dans les technologies de l’information, mais le marché européen est assez protégé.

En réalité, le directeur de l’ECIPE craint que le FIES n’attire pas beaucoup de capitaux étrangers. «Les Fonds souverains du Golfe préfèrent investir dans des portefeuilles que dans les infrastructures, dit-il. Par ailleurs, ils n’ont aucune raison de se montrer généreux à l’égard de l’Europe.»

«La nationalité de l’investisseur n’a aucune importance dans ce contexte»