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Le fonds de l’AVS est prêt à investir dans les start-up

Si la réforme Prévoyance vieillesse 2020 est acceptée, la fortune du fonds AVS devrait augmenter et des investissements dans le nouveau fonds start-up ou dans les hypothèques seront étudiés, selon Manuel Leuthold, président de Compenswiss, lequel gère la fortune des fonds AVS, AI et APG

Compenswiss gère les fonds AVS, AI et APG, soit 35 milliards de francs à la fin de 2016, dont 29 milliards pour l’AVS. Son premier défi consiste à anticiper le développement de sa fortune. Dans l’incertitude sur la réforme Prévoyance vieillesse 2020, «l’exercice est nettement plus complexe que pour une caisse de pension», indique Manuel Leuthold, président du conseil d’administration, lors d’une interview au Temps.

L’influence des marchés financiers, qualifiés de troisième cotisant, est plus modeste pour l’AVS que pour le deuxième pilier. Dans la prévoyance professionnelle, il apporte le quart du revenu, mais guère plus de 3% du fonds AVS. Pourrait-on espérer davantage? «C’est le paradoxe. En matière de politique, mieux vaut ne pas faire du troisième cotisant un sujet obéissant. Les marchés sont capricieux», note prudemment Manuel Leuthold. Les prévisions de l’Office fédéral des assurances sociales n’incluent pas de revenu du marché.

Performance de 3% à la fin de juin

Le deuxième défi de Compenswiss porte sur son mandat. Il est exprimé de façon très succincte dans la loi. Le fonds doit d’abord assurer la liquidité du fonds, en permanence comprise entre 3 et 4 milliards de francs. «Un tel niveau pénalise naturellement le rendement», précise le Genevois, par ailleurs également président du Développement économique du canton de Vaud (DEV), après avoir travaillé vingt-sept ans auprès d’UBS et quatre ans au comité exécutif du groupe Edmond de Rothschild.

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Le rendement du fonds (5,26% en 2016 avant coût des couvertures) est également pénalisé par la forte proportion d’obligations suisses (21%). «En 2017, le rendement est satisfaisant puisqu’il atteint 3% à la fin de juin», révèle Manuel Leuthold. Le mandat de ce dernier consiste à atteindre un rendement conforme au marché. Cela signifie que pour un niveau de risque, Compenswiss doit obtenir le meilleur rendement possible, compte tenu de ce budget de risque. «Nous ne pouvons obtenir un rendement supérieur qu’à condition de prendre davantage de risques», indique-t-il. Le budget de risque, défini par la volatilité, c’est-à-dire une fluctuation positive ou négative maximum attendue sur un an avec une probabilité élevée, est aujourd’hui considéré comme «optimal compte tenu des circonstances». Il atteint 4%. C’est ce montant qui détermine l’allocation du portefeuille.

Budget de risque accru si la réforme Berset passe

Le vote sur la réforme prévoyance professionnelle aura «un fort impact» sur ce budget de risque, indique-t-il. «Si le non l’emporte, cela signifie que vers 2030 les caisses du fonds AVS seront presque vides. Nous devrions alors gérer une sorte de liquidation tranquille», révèle-t-il. Cette incertitude explique pourquoi, selon Manuel Leuthold, Compenswiss ne peut pas investir maintenant par exemple dans de l’immobilier à l’étranger ou du capital-investissement (private equity). Le rendement de ce dernier a été très important ces dernières années, mais l’incertitude politique ne lui permet pas d’en profiter. Compenswiss est de facto obligée de privilégier les placements liquides et à court terme.

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En cas de oui le 24 septembre, «un budget de risque d’un ordre de grandeur de 4 à 6% serait envisageable», estime le responsable. L’augmentation du risque n’est pas un but en soi, mais vise à obtenir un rendement supérieur, donc à renforcer l’AVS, ajoute-t-il.

Si le peuple accepte la réforme, Compenswiss pourrait «prendre davantage de risques», indique Manuel Leuthold. «Nous pouvons très bien imaginer d’allouer un certain montant dans le nouveau fonds sur les start-up compte tenu de la taille dont nous disposons. Mais le climat d’attente avant la votation ne nous incite pas à y participer», précise-t-il. Compenswiss n’est pas membre fondateur de ce fonds de 500 millions de francs.

«En cas d’acceptation, ce genre d’investissement entrera parfaitement dans nos réflexions, comme d’autres véhicules que nous n’avons pas utilisés jusqu’ici. Nous allons initier une nouvelle réflexion avec un élargissement raisonnable et réaliste des classes d’actifs offrant un rendement accru», affirme Manuel Leuthold. Actuellement, Compenswiss ne détient pas de capital-investissement (private equity) en portefeuille.

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Intérêt pour les hypothèques

D’autres pistes pourraient être envisagées par Compenswiss, par exemple le financement des hypothèques, à l’image d’un nombre croissant de caisses de pension. «Ce serait théoriquement possible», affirme Manuel Leuthold. Il faudrait certes développer les compétences à l’interne et diversifier les risques de crédit. «Il serait aussi possible de s’appuyer sur une banque et se contenter de mettre les fonds à disposition. Ce sera une piste que nous discuterons et à laquelle nous réfléchirons», note le président de Compenswiss. Le rendement est toutefois modeste sur ce type de placement (inférieur à 1%).

En cas de oui le 24 septembre, la courbe de la fortune deviendra positive pour ces 12 prochaines années

Manuel Leuthold, président de Compenswiss

L’administration est en train de calculer le moment où l’argent commencera à manquer si la réforme Berset était acceptée. L’estimation est complexe. «En cas de oui le 24 septembre, la courbe de la fortune deviendra positive pour ces 12 prochaines années», affirme Manuel Leuthold. L’évolution ultérieure dépendra des marchés, de la longévité, des changements structurels de la société et d’éventuelles autres réformes. La réforme 2020 est, selon notre interlocuteur, «un premier pas qui apporte une bonne visibilité. Elle nous permettra d’avoir une vue à plus long terme, de pouvoir prendre davantage de risques et d’accroître la part des placements peu liquides.»

Indépendamment de la question politique, Compenswiss veut limiter les coûts. «La première mesure à cet égard consiste à détenir des actions en direct plutôt qu’à travers des fonds de placement afin d’éviter une couche de frais», indique-t-il. Les autres portent sur une bonne négociation des conditions avec les banques et les gérants d’actifs et sur l’augmentation de la part de la gestion passive. La proportion de fonds passifs (y compris les prêts aux collectivités) est de 58%. La majorité des fonds gérés à l’interne est passive et la majorité des fonds externe active. «Les deux tiers des gérants actifs dépassent leur indice de référence», révèle Compenswiss.

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