Les politiques monétaires expansionnistes compliquent le travail des gestionnaires de fonds et exacerbent le traditionnel débat entre gestion active et gestion passive. Les statistiques récentes montrent une tendance des clients à diminuer l’exposition à des fonds actifs et à privilégier la voie des ETF par exemple. Pour autant, les tenants de la gestion active ne baissent pas les armes, persuadés que cette période difficile connaîtra une fin.

La gestion de fonds en interne et la gestion privée vont de pair: Albert Mandic, qui dirige la gestion institutionnelle au sein du groupe Morval à Genève, en est convaincu. «Sans l’activité des fonds, la gestion privée elle-même serait compromise. La première permet à la seconde de rester proche du marché, grâce au contact permanent avec les gestionnaires des fonds maison, qui sont beaucoup plus disponibles que ne le seraient des gérants externes», explique l’administrateur de Willerfunds, la structure luxembourgeoise qui délègue la gestion des fonds à la banque genevoise.

La gestion active va revenir

Avec 300 millions de dollars d’avoirs répartis dans douze véhicules UCITS, l’une des difficultés consiste à maintenir une taille suffisante des fonds, reconnaît l’ancien de Fortis Investments et de Syz, d’autant que la banque Morval (3,3 milliards sous gestion fin 2015) pratique également l’architecture ouverte et met l’accent sur la liquidité.

La période difficile que traverse la gestion active par rapport à la gestion passive suscite pas mal de questions de la part de clients, avec la nécessité de faire œuvre de pédagogie pour leur expliquer l’intérêt de rester dans des fonds. «La comparaison des performances de plusieurs fonds est souvent superficielle, reprend Albert Mandic. Les différences de performances sont très influencées par des caractéristiques différentes des produits. La transparence que fournit un produit maison apporte un confort très appréciable sur ce plan. Et la gestion active va revenir.»

La chance des extrêmes

Depuis 2008, le marché des fonds a été porteur pour deux sortes d’acteurs, estime pour sa part Jean Keller, qui dirige Quaero Capital à Genève: «D’une part les grandes maisons universelles comme BlackRock ou Fidelity pour n’en citer que deux, qui ont connu une croissance accélérée et gagné des parts de marché dans la gestion active depuis 2008. Et d’autre part, les boutiques actives sur des produits de niche, très différenciés, comme on en trouve un certain nombre à Genève, les Decalia, Dominicé ou Quaero».

Entre ces deux extrêmes, la situation est plus difficile pour les acteurs disposant de trop de produits pour être considérés comme des boutiques, mais qui ne disposent pas de suffisamment de ressources pour être bons partout. Les «faux» gérants actifs sont également sous pression, poursuit Jean Keller.

L’ancien coresponsable de l’asset management de Lombard Odier devenu par la suite patron de 3A, l’entité de gestion alternative du groupe Syz, pointe les motions déposées au parlement européen afin d’interdire le «closet indexing», c’est-à-dire une gestion qui se prétend active mais qui dans la réalité colle de très près aux benchmarks.

L’allocation d’actifs, toujours

La bonne nouvelle est que «dans l’asset management, on est aussi bon que sa dernière performance, ce qui laisse toujours la possibilité de se renouveler. La place genevoise l’a très bien fait, avec de nombreux succès dans la gestion d’actifs», conclut Jean Keller. Et rappelle que les choses peuvent évoluer rapidement dans cette industrie: BlackRock, qui vient d’annoncer avoir dépassé le seuil de 5000 milliards de dollars d’actifs, n’a été créé qu’en 1988.

Ajouter ou détruire un peu de valeur

«L’éternel débat entre actif et passif n’est pas si déterminant», estime pour sa part Serge Robin, directeur général adjoint de la banque Gonet, où il supervise l’Asset Management. En dehors d’un seul fonds, en actions suisses, l’établissement genevois pratique l’architecture ouverte par conviction: «Nous évitons ainsi tout conflit d’intérêts, et travaillons en priorité sur l’allocation d’actifs, qui détermine 80 à 90% de la performance à très long terme, explique Serge Robin. Le fait qu’une thématique soit jouée à travers un ETF ou un fonds ne change pas fondamentalement la performance. Vous ajoutez ou détruisez un peu de valeur selon les configurations, mais l’allocation demeure déterminante.»


Un gérant sur dix bat son indice

Précisément 910 milliards de francs étaient placés dans des fonds suisses ou autorisés en Suisse en septembre dernier, soit 4,6 milliards de moins qu’en août. Ce recul s’explique largement par la baisse des principales places boursières en septembre, relève la Swiss Funds & Asset Management Association (SFAMA), qui compile ces statistiques. Les sorties nettes de capitaux ont atteint 1,7 milliard de francs, touchant majoritairement des fonds en actions, alors que les fonds obligataires ont attiré des afflux nets. La SFAMA ne précise pas si ces chiffres traduisent une aversion aux fonds ou une aversion au risque.

Aux Etats-Unis, les dernières statistiques SPIVA montrent que sur un an, 85% des gérants grandes capitalisations ont sous-performé par rapport à leur indice de référence, ainsi que 88% des gérants mid-caps et 89% pour les gérants small cap. Sur une période de cinq ans, les chiffres atteignent respectivement 92%, 88% et 98%. Ou encore 85%, 91% et 91% sur la dernière décennie. Entre juin 2015 et juin 2016, un gérant sur dix a surperformé par rapport à son indice, quel que soit le type d’actions gérées. Autre information de la SPIVA: au cours des cinq dernières années, 21% des fonds actions américaines et des fonds actions globales ont disparu ou ont été fusionnés. Ce chiffre atteint 14% pour les fonds obligataires.