Avec la fin de l'année qui approche, l'heure des comptes. Les actions n'ont pas fini de digérer la crise des «subprime» et font trembler les investisseurs. Ceux qui ont misé sur les fonds de microfinance s'apprêtent en revanche à sabler le champagne.

Au 30 novembre, les deux plus grands fonds distribués en Suisse, le Dexia Microcredit fund et le responsAbility global microfinance fund affichent une progression en dollar de 5,33% et 7,26%, respectivement. En francs, le gain est encore de 2,45% et 4,18%, quand le SMI peine à dépasser 1%. Regroupant cinq fonds, l'indice SMX dollar calculé par Symbiotics, une société genevoise de conseil en microfinance, approche des 6%.

«La crise des «subprime» n'a eu aucun impact sur le fonds responsAbility», indique Michèle Chevin, responsable du marketing du fonds géré à Zurich, et qui souligne cette «décorrélation» des autres marchés financiers. Même discours à Genève du côté de BlueOrchard, conseiller de Dexia. Toutefois, «la crise pourrait nous toucher indirectement, explique Antoine Melo, responsable financier de BlueOrchard. Nous ne savons pas s'il sera plus difficile ou non de lancer de nouveaux emprunts obligataires de type CDO dans le secteur. Les investisseurs, banques en tête, font souvent l'amalgame entre les CDO des «subprime», mal évalués, et ceux en microfinance, dont le risque est maîtrisé».

Ces deux véhicules enregistrent par ailleurs un grand afflux d'argent frais. «Cette année, nous avons fermé le fonds aux investisseurs pendant six mois, poursuit Antoine Melo. Nous avions besoin de temps pour absorber l'afflux de liquidité. Le fonds est à nouveau ouvert depuis deux mois. D'ici à mars, une dizaine d'investisseurs institutionnels, dont un suisse, vont encore souscrire pour près de 100 millions de dollars de parts, soit près de la moitié de la fortune actuelle du fonds», quelque 233 millions. Du côté de responsAbility, «la taille du fonds est passée de 90 millions de dollars il y a un an à 193 millions aujourd'hui», se réjouit Michèle Chevin.

La fortune gérée par les fonds de microcrédit progresse vite, confirme Xavier Reille, du CGAP, un consortium d'organisations internationales. Dans un rapport qu'il devrait publier dans les prochaines semaines, ce spécialiste du microcrédit relève une hausse de 64% de la masse sous gestion des 40 fonds interrogés, à plus de 3 milliards.

«Il ne s'agit pas d'une bulle, enchaîne Xavier Reille mais d'une phase de forte croissance. Le bon historique du microcrédit plaide en sa faveur.» «Les investisseurs institutionnels sont de plus en plus intéressés par la microfinance, qu'ils considèrent comme un investissement alternatif, décorrélé des autres marchés financiers», observe Michel Chevin.

Attention toutefois. «Décorrélation ne signifie pas risque zéro, avertit Xavier Reille. Il s'agit quand même d'investissements dans des pays émergents, dans des structures non cotées et peu réglementées.» Ces fonds prêtent à des institutions qui accordent des microcrédits, prennent des participations dans ces institutions ou encore achètent des parts dans d'autres fonds. Sur les quelque 80 recensés dans le monde, 80% sont domiciliés en Europe, constate Xavier Reille. La plupart des grandes institutions financières développent actuellement leur propre structure, selon lui, pour répondre à la demande.