INSTITUTIONS

Le Fonds monétaire asiatique, une idée qui fait son chemin

Echaudée par la crise de 1997, l'Asie a lancé un fonds régional de 75 milliards de dollars pour soutenir les pays en détresse et surtout pour se passer des diktats et des pressions du FMI.

La grogne asiatique contre le Fonds monétaire international (FMI) s'accroît. La pression exercée contre la Chine et d'autres pays de la région pour qu'ils réévaluent leur monnaie n'y arrange rien. Ces derniers sont même davantage braqués suite à la tentative d'instaurer un mécanisme de surveillance des politiques monétaire dont ils sont la cible annoncée. Et ce n'est pas en leur accordant un peu plus de poids au sein de l'institution qu'ils sont venus à de meilleurs sentiments. Entérinée ce mardi dans le cadre de son assemblée générale annuelle qui a lieu à Singapour, cette décision est considérée presque insignifiante. Si Pékin et Séoul ont vu leurs droits de vote légèrement augmentés, New Delhi dénonce une baisse.

Le traumatisme de 1997

Les ministres asiatiques des Finances ont donc profité de leur présence à Singapour pour donner un coup d'accélérateur au projet d'un Fonds monétaire asiatique (FMA). Objectif: évincer autant que possible le FMI et avoir recours à l'institution régionale en cas de crise financière.

L'Asie n'a pas oublié le traumatisme vécu en 1997 dans le sillage de la crise financière: fuite des capitaux, dévaluation, faillites et pertes d'emplois par milliers. Pour arrêter l'hémorragie, les pays en détresse avaient fait appel au FMI, prêteur de dernière instance. Celui-ci leur avait certes débloqué 100 milliards de dollars, mais les conditions de prêt étaient très exigeantes. Seule la Malaisie avait refusé la potion du FMI et avait arrimé le ringgit au dollar à un taux fixe.

Selon Standard & Poors, une répétition d'une crise financière de la même ampleur qu'en 1997 est peu probable en 2006. Le principal facteur - fort endettement des entreprises auprès des bailleurs de fonds et leur incapacité à honorer leur engagement - n'est pas d'actualité. C'est le contraire qui est vrai: le niveau de dette privée et publique est tolérable et tous les pays ont constitué des réserves considérables en devises étrangères.

C'est à la lumière de cette nouvelle situation que l'Association des nations du Sud-Est asiatique (ASEAN), plus le Japon, la Chine et la Corée du Sud ont décidé de créer le FMA dont les bases ont été posées en 2000 dans le cadre des Initiatives de Chiangmai. Celles-ci ont notamment donné naissance à un fonds de 39,5 milliards de dollars destiné à soutenir les monnaies locales en cas de crise. Ce montant a presque doublé à 75 milliards en mai dernier. Elles ont également mis en place un bureau de l'intégration économique qui fonctionne actuellement sous les auspices de la Banque asiatique de développement.

«Chiangmai commence déjà à apparaître comme l'ombre du FMI et il est probablement trop tard pour freiner cette initiative», a déclaré mardi Fred Bergsten, directeur de l'Institute of International Economics de Washington, cité par Bloomberg. Les Etats-Unis et le FMI sont opposés à l'émergence d'un fonds concurrent.

«Le FMI doit évoluer et reconnaître le poids de l'Asie dans l'économie mondiale, a déclaré Sri Mulyani Indrawati, le ministre indonésien des Finances, toujours à Bloomberg. Aux yeux des Etats asiatiques, il est encore sous l'influence des Etats-Unis qui, avec 17% des voix, sont les plus grands actionnaires et qui détiennent un droit de veto.»

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