Les 36 obligations catastrophes disponibles sur le marché offrent des rendements de 5% supérieurs aux emprunts de bonne qualité. En contrepartie elles verraient leur capital amputé, si de très grandes catastrophes naturelles venaient à frapper les pays développés. Un tremblement de terre en Californie, un ouragan majeur en Floride, une énorme tempête sur la France ou l'Angleterre diminueraient considérablement leur valeur. Pour accéder à ce marché des «cat bonds», les investisseurs en fonds n'avaient plus de possibilités en Suisse. Les six instruments de la Banque Leu, totalisant 450 millions de dollars, sont fermés aux nouveaux entrants depuis mars.

Depuis lundi passé, trois nouveaux produits de droit suisse sont à nouveau accessibles: les AIG Diversified CAT, émis par AIG Private Bank, qui fait partie du groupe américain AIG. Ils ont été créés par Daniel Hausammann, un spécialiste récemment arrivé de… la Banque Leu. Il avait conçu et géré les fonds de cette dernière. Celle-ci ne veut pas rester en rade, elle devrait lancer un fonds du même genre d'ici à la fin de l'année. Ces produits restent très rares «On en compte moins d'une dizaine dans le monde», estime Ralph Leuppi, gérant des Leu Prima Cat Bond. Ils sont domiciliés dans les places off shore.

«Nous allons acheter entre 15 et 20 émissions», note Daniel Hausammann. Face à un petit marché, il ne pesait à la fin de l'année passée que 4,3 milliards de dollars, il est difficile d'être très sélectif. Pour simplifier, on peut comparer une obligation catastrophe à un fonds de placement investi sur le marché monétaire et assorti d'une clause d'assurance. Elles sont en moyenne notées BB, ce qui reflète un risque élevé, de type junk bond. Leur coupon est, comme pour une obligation à taux flottant, réajusté tous les trois mois, sur la base du taux interbancaire (Libor). La clause d'assurance rapporte au détenteur de l'obligation «5% par an», selon Daniel Hausammann. Elle rémunère la prise de risques rares. Ces derniers n'ont, dans certains cas, qu'une probabilité d'occurrence d'une fois par siècle. Si un des risques se concrétisait, le capital et le coupon seraient amputés. Par chance, les tremblements de terre et les ouragans couverts par ces instruments étaient, à ce jour, trop limités pour devoir être remboursés. Les derniers ouragans américains, bien que coûteux, étaient au nombre de trois, ce qui a divisé d'autant le risque. Un d'entre eux a passé beaucoup trop au nord, dans une région non couverte par les «cat bonds».

Cette absence d'événements regrettables se répercute sur les performances des fonds. Les prix des Leu Prima Cat Bond en euros et en dollars n'ont connu qu'un seul mois en recul sur les quarante mois de leur existence. C'était en septembre 2001, pourtant le risque terroriste n'est pas couvert par ces instruments. Pour les parts libellées en francs suisses, les reculs sont plus fréquents. Elles réagissent à la saison des ouragans alors que les bas taux d'intérêt dans notre monnaie n'offrent pas de coussin suffisant pour contrer cet effet adverse. Mais dès novembre, les cours repartent vers le haut. Depuis son lancement en janvier 2001, le fonds de la Banque Leu a rapporté en moyenne 4,1% par an.