En Suisse, la majorité des caisses de pension privilégie toujours une approche traditionnelle des investissements basée sur les indices, principalement d'actions et d'obligations, alors que certaines de leurs consœurs européennes sont plus radicales: elles abandonnent des stratégies d'investissement traditionnelles auxquelles elles ne croient plus, rationalisent leur gestion, convaincues qu'elles pourront ainsi mieux contribuer à la réalisation de leurs obligations de prévoyance.

Voici ce que proposent certains fonds de pension européens: aux Pays-Bas, PGGM, la caisse de pension aux 72 milliards d'euros, abandonne l'approche conventionnelle basée sur les classes d'actifs et décline sa stratégie d'investissement en catégories: celles liées aux risques de marché, celles actives et les stratégies alternatives, avec un horizon d'investissement très long, introduisant opportunément de nouvelles catégories tout en vérifiant leur adéquation avec le profil de risque global du portefeuille. PGGM concrétise ainsi une stratégie d'investissement qui depuis dix ans donne des résultats impressionnants.

En Grande-Bretagne, Schroders, qui gère et conseille plus de 600 caisses de pension, a décidé pour sa propre caisse de pension d'investir dans les dérivés et dans un large éventail d'investissements alternatifs comme les hedge funds, l'immobilier, le private equity et les matières premières. Les actions ne représenteront désormais qu'une part minime dans l'allocation d'actifs alors que traditionnellement elles représentent l'essentiel du portefeuille des caisses en Grande-Bretagne. La volatilité des actions et la difficulté à l'intégrer dans une stratégie d'investissement de très long terme visant à garantir les engagements de prévoyance, aboutit à reconsidérer la suprématie quasi dogmatique que les investissements en actions avaient su imposer dans la gestion institutionnelle.

Aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne, le fonds de pension d'Unilever crée Univest qui regroupe au sein d'un FCP luxembourgeois l'ensemble des actifs des caisses de pension du groupe avec une sélection «best in class» de gérants de fonds. L'objectif est de rationaliser l'«asset management», diminuer le risque global et actionner des économies d'échelle.

Enfin, aux Pays-Bas, le fonds de pension de Philips cède la gestion de ses 16 milliards à Merrill Lynch Investment Management, pour anticiper une réforme législative mais surtout bénéficier d'un service sur mesure avec plus de cohésion et de professionnalisme vis-à-vis des besoins spécifiques.