Campbell Gunn gère depuis 21 ans des portefeuilles en actions japonaises. Depuis 1981 il a vécu le plus souvent à Tokyo, ne délaissant cette ville que pour Genève, pendant un an, Hongkong et Londres. Campbell Gunn est responsable de 2 milliards de dollars placés en actions nippones, montant qui inclut le T Rowe Price - Japanese Equity Fund.

Le Temps: Quelle prime supporte le marché de Tokyo en termes de multiple des bénéfices?

Campbell Gunn:Avec un multiple de 17 fois, le marché japonais obtient son plus bas multiple depuis 21 ans. Aujourd'hui, il se paye un peu plus cher que les autres grands marchés étrangers: l'Europe et les Etats-Unis se traitent avec des P/E compris entre 14 et 16 fois. Mais les taux d'intérêt sont nettement plus faibles au Japon, ce qui justifie des multiples plus élevés. Si l'on en tient compte, les multiples sont comparables entre le Japon et les autres pays développés. Depuis cinq ans, les bénéfices des entreprises progressent, c'est la plus longue période de cette nature de l'après-guerre. Cette hausse s'appuie sur l'amélioration des marges des entreprises et non pas, comme en 1989, sur une avance des prix de l'immobilier.

- Quel genre de titres recherchez-vous?

- Je sélectionne des entreprises dont les bénéfices progressent de 15% par an, alors que la moyenne est inférieure à 10%. Les titres que je choisis se payent moins cher que l'ensemble du marché. Au-delà de 20 fois les bénéfices, je trouve qu'une action est un peu chère.

- Quel miracle permet-il de trouver des titres avec des progressions de bénéfices plus élevées et des multiples plus faibles que la moyenne?

- Les grandes sociétés exportatrices, que j'ai achetées pour le fonds, sont dans cette situation de bas multiple pour une progression des bénéfices élevée. Canon se vend 15 fois alors que les fabricants d'automobiles se payent entre 10 et 11 fois. Ces derniers, Toyota, Honda et Nissan, sont bon marché car le secteur l'est au niveau mondial. Leurs concurrents étrangers ne réalisent pas de progressions des bénéfices et se traitent à de bas multiples. Cela pèse sur ceux des fabricants japonais alors même qu'ils enregistrent une belle croissance.

D'autres sociétés exportatrices sont aujourd'hui bon marché. Comme le yen se traite, en termes de parité de pouvoir d'achat, à un niveau proche de son plus bas de ces vingt dernières années, les investisseurs perçoivent un risque de ce côté-là: la monnaie pourrait se réapprécier. Ce risque se traduit par des multiples plus faibles.

- Quel est le secteur que vous surpondérez le plus?

- Les banques occupent une bonne place dans le fonds, supérieure à celle de l'indice, qui en contient déjà beaucoup. Comme il n'y a que trois grands instituts, il faut tous les détenir pour assurer une bonne diversification. Le secteur profitera d'une hausse des taux qui lui permettra de faire croître sa marge d'intérêts. Il encaissera aussi plus de commissions grâce à la progression des ventes de fonds de placement. Les crédits douteux sont finalement moins nombreux que prévu, les banques peuvent dissoudre des réserves.

J'apprécie les sociétés actives dans le secteur de la santé au Japon. C'est ma plus large surpondération en termes relatifs. Comme en Suisse, on trouve au Japon d'intéressantes entreprises de la technologie médicale. Le fonds détient Asahi Intecc, une entreprise qui produit de petites spirales utilisées pour les endoscopies et des cathéters, ces tuyaux souples placés dans les veines.

- Votre nouveau fonds a cédé 10% depuis son lancement en décembre de l'année passée. Pourquoi un tel recul?

- Le fonds est libellé en euros, le yen a perdu 7% contre cette monnaie. En ce qui concerne la sélection de titres, nous avons eu plus de succès sur d'autres périodes. Depuis que j'ai repris la gestion d'un fonds semblable, à la fin de 2002, j'ai obtenu une performance annualisée de 24%, nettement supérieure à celle de l'indice. Cette année nous avons été pénalisés par notre trop forte présence dans les petites capitalisations et dans le secteur des services.