Aquila, un réseau d'une vingtaine de petites sociétés suisses de gestion, réussit le tour de force de placer son fonds en actions helvétiques, l'AIF Corby Swiss Equity (CHF), en deuxième place des meilleures performances sur un an; il ne lui manque que 0,5% pour atteindre la première place, actuellement occupée par un poids lourd: DWS.

Jürg Furrer reprenait la gestion de l'AIF Corby Swiss Equity il y a 16 mois et le remaniait entièrement.

Le Temps: Holcim est une de vos larges surpondérations dans le fonds, pourquoi avoir choisi cette valeur?

Jürg Furrer: La direction de cette société acquiert des cimentiers avec beaucoup de discernement, ils complètent bien son portefeuille d'usines. Elle a été particulièrement habile en Asie. C'est une valeur que nous avons achetée lorsque nous avons repris la gestion du fonds.

- Qu'avez-vous acheté et vendu cette année?

- Nous n'avons réalisé que cinq transactions cette année en Bourse suisse, trois achats et deux ventes, nous ne faisons pas de trading. Notre comité stratégique identifie 10 secteurs particulièrement intéressants, ils sont représentés dans nos portefeuilles en actions, que ce soit sur le marché suisse ou sur les marchés étrangers. Cette année, la chimie est entrée dans le fonds, avec EMS Chemie, Syngenta et Givaudan.

Les secteurs sont choisis pour leurs bonnes perspectives économiques et pour leur prix avantageux. Il en va de même pour les titres individuels. Trois ratios nous intéressent: le rapport cours sur fonds propres par action, le rendement des dividendes et le multiple des bénéfices de l'année en cours (PE).

Le portefeuille est réparti en deux morceaux. La première partie représente 40% de la fortune investie, elle contient les cinq premiers titres du marché, Novartis, Roche, Nestlé, UBS, Credit Suisse, et un fonds indiciel coté (exchange traded fund).

Les 18 autres capitalisations du portefeuille y entrent toutes avec des pondérations absolument égales. Leur poids évolue alors en fonction des parcours boursiers, il est généralement compris entre 3% et 3,5%. Nous choisissons les titres, mais il serait vain de croire que l'on puisse aussi définir les meilleures pondérations. Nous détenons un titre ou nous le vendons entièrement, il n'y a pas d'entre-deux.

- Qu'avez-vous vendu?

- Le chocolatier Barry Callebaut et le spécialiste d'installations sanitaires Geberit, qui étaient devenus trop chers. Pour cette dernière, qui s'échange à 20 fois les bénéfices, la conjoncture en Allemagne, un de leurs premiers marchés, est aussi un point d'interrogation. Elle s'approche d'un sommet.

- Quelles sont les perspectives pour la Bourse suisse?

- Cette année nous sommes encore dans un environnement boursier idéal. La croissance mondiale est bonne et l'inflation est contenue. Mais, dès l'année prochaine, les nuages risquent de s'amonceler, 2007 ne sera pas au-dessus de la moyenne. Après plus de trois très bonnes années, la situation devrait changer. Les investisseurs oublient la notion de risque. Pour s'en convaincre, il suffit de constater la faible prime qu'ils exigent, sur les marchés obligataires, des débiteurs les plus risqués. Cela rappelle les excès de 2001, quand l'on parlait de la Nouvelle Economie.

Dans une telle situation, les marchés sont vulnérables à une mauvaise nouvelle. Il peut s'agir d'une résurgence de l'inflation aux Etats-Unis ou d'un recul de la croissance en Chine.

- Allez-vous augmenter la part de liquidités dans le fonds?

- Nous sommes actuellement à 5% et nous ne dépasserons par les 15%; nous sommes payés pour sélectionner des titres. Par contre, nous allons donner un tour plus défensif au portefeuille. Nous renforcerons le pôle financier du fonds aux côtés de titres comme Swiss Re ou Zurich Financial Services, que nous détenons déjà. Nous nous déferons de sociétés comme Sulzer, qui sont largement portées par l'engouement autour des fusions et des acquisitions.