Economie

Fonds de placement. Questions à Pierre-Yves Christin. «Nous gardons nos obligations en francs jusqu'à leur échéance»

Questions à Pierre-Yves Christin, cogérant à Zurich du Tortuga Bond Fund CHF.

Pierre-Yves Christin connaît le marché obligataire suisse depuis bientôt quatre décennies. En début de carrière, lorsqu'il était crieur à la corbeille, il les traitait lui-même. Aujourd'hui, il fait partie du collège de quatre professionnels qui gèrent cinq fonds, dont le Tortuga Bond Fund. Le seul, parmi les 77 fonds obligataires en francs suisses, qui affiche une progression cette année, selon Standard & Poor's. Les deux autres fonds obligataires sous la responsabilité de la même équipe sont également très bien placés. Le fonds en emprunts en euros est second sur 135, alors que celui placé en dollars est troisième sur 91. Il y a quinze ans, Pierre-Yves Christin rejoignait un autre Vaudois de Zurich, Claude Goy, qui avait fondé en 1988 une société de gestion de fortunes privées.

Le Temps: Quelle est l'échéance moyenne du fonds?

Pierre-Yves Christin: Nous sommes sur des échéances courtes, la duration modifiée est de 2,67 ans. L'écart de rendement entre le 3 et le 10 ans est tellement petit que c'est une simple question de bon sens de se placer sur les échéances courtes. Se placer sur le long terme ne présente aucun intérêt, il n'en résulte qu'une prise de risque supplémentaire.

Les taux courts en euros devraient encore progresser de 0,5%, pour faire face aux pressions inflationnistes. La Banque nationale suisse devrait suivre ce mouvement avec une hausse semblable, l'embellie conjoncturelle le permet. Je dis bien «devrait» car, dans ce métier, le conditionnel est de rigueur.

Ces hausses sur le court terme sont toutefois déjà dans les prix des obligations. J'estime donc que notre portefeuille est actuellement bien équilibré en ce qui concerne les échéances. Nous agirons sur les convertibles.

- Vous en détenez?

- Oui, le fonds possède des obligations convertibles, ce sont les épices du fonds. Elles représentent actuellement 22% de sa fortune. Un peu plus de la moitié de ce montant est composé d'obligations convertibles directes, comme par exemple un emprunt de Pargesa convertible en action de cette société. Le solde est composé d'obligations synthétiques: les débiteurs sont des grandes banques mais les titres sont convertibles en indices nationaux, comme ceux de la Bourse japonaise ou chinoise.

- Achetez-vous des titres en monnaies étrangères?

- 19% de la fortune du fonds est placée en livres, alors que 10% est en euros. Nous protégeons l'essentiel du risque monétaire sur la livre, alors que sur l'euro notre protection est plus sporadique. Actuellement, la moitié de notre exposition en monnaie britannique est vendue à terme à un mois. En répétant cette opération plusieurs fois par trimestre, selon une analyse technique, on peut encaisser jusqu'à 200 points de base par opération (ndlr: 2%). C'est peu, mais les petits ruisseaux font les grandes rivières. La livre se prête bien à l'opération, car elle est volatile face au franc et elle offre un bon rendement direct.

Nous envisageons de demander à la Commission fédérale des banques un changement de règlement du fonds. Grâce à cela, nous serons plus flexibles. Nous pourrons, par exemple, acheter des obligations convertibles en matières premières. L'industrie bancaire fait preuve d'une inventivité extraordinaire en matière de nouveaux produits, nous pourrons alors également en souscrire.

- Quelle est, dans le portefeuille, la part optimale pour chaque ligne?

- Pour les obligations classiques, elle oscille entre 4 et 4,5%. Pour les convertibles plus sportives, nous ne dépassons pas les 2%. Deux tiers du portefeuille est composé d'obligations en francs suisses. Il s'agit le plus souvent de débiteurs étrangers notés entre AA et AAA. Nous gardons nos obligations en francs jusqu'à leur échéance, afin d'éviter d'être pénalisés par l'écart de prix entre l'achat et la vente.

Nous ne cherchons pas la performance à tout prix, ce n'est pas l'esprit maison, ce qui me permet de passer de très bonnes nuits. Si le fonds arrive en tête du classement, c'est un peu par hasard.

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