En été 2001, en pleine tourmente boursière, Richard Pease n'hésitait pas à prendre des risques. Il quittait un gérant établi pour travailler dans une jeune société londonienne. Ce faisant, il rejoignait son ancien chef qui avait fondé, une année auparavant, New Star. Aujourd'hui, Richard Pease est un des administrateurs de cette société qui, après seulement six ans d'existence, gère 20 milliards de livres. Il est directement responsable de 1,8 milliard de livres d'investissements en actions, notamment du fonds en titres européens New Star European Growth Fund. Celui-ci obtient sur trois ans la meilleure performance dans sa catégorie, selon Standard & Poor's. Cet institut lui a aussi décerné la note AAA.

Le Temps: La qualité de la direction est un de vos quatre principaux facteurs de sélection d'un titre. Comment l'appréhendez-vous?

Richard Pease: Nous suivons les dirigeants d'entreprises sur la longue durée, entre 5 et 10 ans. Nous voyons bien s'ils ont obtenu régulièrement des résultats pour les actionnaires. Je préfère les directeurs propriétaires d'une partie de leur entreprise, je n'aime pas ceux qui s'attribuent des salaires excessifs et de trop abondantes stock-options. En les suivant sur la durée on peut distinguer ceux qui affichent des pronostics trop ambitieux, ceux qui réalisent ce qu'ils promettent et ceux qui sous-estiment leurs résultats à venir.

- Quelle est, pour un titre, une évaluation raisonnable?

- Il est essentiel que l'entreprise génère un cash-flow libre important. Idéalement il doit représenter 8% de sa capitalisation boursière. Formulé autrement, cela représente un multiple des cash-flows libres de 12,5 fois. Cela lui permet de financer elle-même ses grandes dépenses d'investissement et ses acquisitions. Elle peut aussi encaisser les coups durs, quand la conjoncture est adverse.

- Quel est le multiple des bénéfices du titre le plus cher du portefeuille?

- Il doit être de l'ordre de 17 fois. Je n'achète pas des sociétés dont l'évaluation s'appuie uniquement sur un concept. Les sociétés à forte croissance et forte évaluation ne sont pas mon genre. Elles sont trop vulnérables quand elles ne tiennent pas leurs promesses. Cette approche prudente m'a permis, en vingt ans de carrière, de toujours surpasser les indices quand les marchés d'actions sont orientés à la baisse.

- 17 fois, est-ce une limite absolue?

- Je reste flexible, je ne veux pas établir de règles, une société exceptionnelle peut mériter un multiple plus élevé.

- Quelles ont été vos dernières ventes?

- Nous n'avons rien vendu. Nous avons plutôt acheté, car des liquidités ont afflué dans le fonds.

Je viens par exemple de renforcer ma position dans CRH, un cimentier irlandais et fournisseur de matériaux. Cette société réunit plusieurs des vertus que nous recherchons. Elle génère d'importantes liquidités, la direction possède une partie de l'entreprise et elle est moins chère que ses compétiteurs.

J'ai acheté Piraeus, une banque grecque, la huitième capitalisation du pays, dont les titres sont meilleur marché que ceux de ses compétiteurs. Simultanément, la croissance de ses bénéfices est attrayante. Ce secteur va poursuivre sa consolidation et Piraeus joue un rôle actif dans ce processus.

- Le fonds est-il entièrement investi?

- Non, 8% de sa fortune est placée en liquidités, mais c'est purement temporaire. Cela résulte de l'augmentation du nombre de parts en circulation. En quelques jours, cette proportion peut tomber à zéro.