sommet Européen

Le fonds de secours permanent de la zone euro devient une réalité

Les grands argentiers de la zone euro et de l’UE se retrouvent lundi. L’entrée en vigueur du Mécanisme européen de stabilité dominera la rencontre

Les ministres des Finances de la zone euro et de l’Union européenne (UE) qui se retrouvent à Luxembourg ce lundi devraient se contenter de préparer le terrain pour le sommet européen des 18 et 19 octobre. Tour d’horizon des enjeux des deux semaines à venir.

Le point d’orgue de cette réunion de lundi sera l’entrée en vigueur du Mécanisme européen de stabilité (MES). Les ministres des Finances de la zone euro, qui constituent son Conseil des gouverneurs, signeront son acte de naissance dans l’après-midi. La panoplie européenne pour venir au secours des pays en difficulté se trouvera donc renforcée. Le MES, dont la capacité de prêts s’élèvera à terme à 500 milliards d’euros, cohabitera avec le Fonds européen de stabilité financière (FESF) qui, depuis 2010, a été mis à contribution pour financer une partie des plans de sauvetage pour le Portugal, l’Irlande et la Grèce. Le point le plus important – outre la force de frappe du MES – est la possibilité pour celui-ci de participer directement à la recapitalisation des banques, comme l’ont décidé en juin les chefs d’Etat ou de gouvernement de l’UE. A noter: le MES, contrairement au FESF, disposera de capitaux propres d’environ 80 milliards d’euros, répartis entre les dix-sept pays dotés de la monnaie unique. Il interviendra sur la base de programmes d’ajustement et ses interventions pourront faire l’objet d’une procédure d’urgence nécessitant seulement 85% des voix des pays membres (en fonction de leur participation au capital).

La question clef demeure: les décisions prises depuis juin vont-elles être appliquées? La principale décision, rappelons-le, a été celle des chefs d’Etat ou de gouvernement qui, à cette époque, ont approuvé la possibilité pour le MES de secourir les banques, à condition qu’une supervision bancaire unique dans la zone euro confiée à la Banque centrale européenne (BCE) soit mise en place. Le gros des discussions, entre grands argentiers, devrait donc porter sur les modalités et le calendrier, d’autant que la future Union bancaire envisagée nécessite l’unanimité des Vingt-Sept. L’échéance annoncée du début 2013 paraît néanmoins très peu réaliste.

L’autre décision importante qui doit entrer en vigueur est celle prise début septembre à Francfort par la BCE, qui s’est déclarée prête à acheter des obligations souveraines à court terme des pays en difficulté (comme l’Italie ou l’Espagne) dans le cadre de son nouveau programme OMT («outright monetary transaction»). Problème: la BCE exige pour intervenir que les pays en question s’engagent au préalable dans un programme d’ajustement «global». Un jeu de poker menteur s’est dès lors engagé entre les autorités de Madrid, toujours rétives à demander l’assistance financière de l’Union, et Bruxelles, où l’on voudrait bien stabiliser la question espagnole. Point important néanmoins: fin septembre, le dernier audit des banques ibériques a estimé à 59,3 milliards d’euros leurs besoins en capitaux, soit la moitié de l’enveloppe de 100 milliards approuvée par la zone euro. Un bon point donc. D’où l’idée – qui sera sans doute débattue à Luxembourg, lundi – d’un nouveau schéma pour faire baisser les taux: le MES garantirait une partie – environ 30% – des emprunts d’Etat du pays, soit une forme d’assurance.

Les quinze prochains jours seront cependant dominés par la difficulté de la situation de l’Espagne mais aussi de la Grèce. Quels sont les nuages les plus sombres? L’Espagne fait avant tout peser un suspense politique sur le dispositif anti-crise de l’UE. Le cas de la Grèce, qui a besoin d’urgence d’une nouvelle tranche d’aide de 31,5 milliards d’euros, est le plus préoccupant, d’autant que le nouveau rapport de la troïka des experts européens n’est pas encore complété. Autres pays en difficulté: Chypre et la Slovénie, dont la situation financière s’est brutalement aggravée. Nicosie a réclamé une aide de 5 milliards, Ljubljana prétend ne pas avoir besoin d’un ­sauvetage, mais les créances douteuses des banques slovènes représentent aujourd’hui près de 18% du produit intérieur brut (PIB) et le déficit budgétaire devrait atteindre 4,2% du PIB cette année, contre 3,5% prévu initialement.

Autres pays en difficulté: Chypre et la Slovénie, dont la situation financière s’est brutalement aggravée

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