Nicolas Sarkozy, le magicien des plans anti-crise, a peut-être trouvé ses limites. Son «fonds d'investissement stratégique national», annoncé en grande pompe jeudi, se révèle être une coquille vide - au moins pour l'instant.

Car on ignore de combien d'argent disposera ce fonds. Un premier chiffre de 200 milliards d'euros a circulé, sans être confirmé officiellement. La ministre de l'Economie, Christine Lagarde, a démenti hier un second montant de 100 milliards d'euros, avancé par son ministre du Travail, Laurent Wauquiez. «Aujourd'hui, je ne peux pas vous donner de chiffre, car on n'a pas de chiffre précis», a expliqué la ministre vendredi.

La Caisse des dépôts et consignations (CDC), organisme public qui sera chargé de gérer le fonds, ne semble avoir aucune idée de ses futures ressources ou de leur provenance. «Il est prématuré d'évoquer cette question, indique-t-on à la CDC. C'est une annonce, ça va se mettre en place. Il faut définir le périmètre du fonds et combien il peut y avoir d'argent.»

Début 2008, la CDC disposait de 38 milliards d'euros (environ 57 milliards de francs) investis pour son propre compte, que la présidence française songe à compléter par des sommes issues d'investisseurs privés ou empruntées sur les marchés financiers. Selon Nicolas Sarkozy, l'objectif du fonds, qui doit être opérationnel d'ici à la fin de l'année, est de protéger les entreprises rendues vulnérables par la chute de leur cours en bourse, et d'investir dans des secteurs prometteurs, notamment dans le numérique et les technologies vertes.

La bonne nouvelle, pour la France, est que la Commission européenne a bien accueilli son projet: «Les gouvernements peuvent à tout moment prendre des participations dans des entreprises», a indiqué Bruxelles, surtout s'il s'agit de «soutenir l'emploi» en période de crise. Mais le fonds devra respecter les règles européennes en matière de concurrence et d'aides publiques.

Manque à gagner

Une autre incertitude entoure la seconde mesure phare du plan Sarkozy, l'abolition jusqu'en 2010 de la taxe professionnelle. Cet impôt pèse sur les investissements des entreprises, mais il alimente aussi les caisses des collectivités locales. L'Etat central a promis de compenser le manque à gagner, sans dire comment il s'y prendra. «Nous sommes habitués à des promesses de compensations qui ne sont jamais [...] tenues», s'est plaint le maire de Bordeaux, Alain Juppé.