Les fonds souverains se sont illustrés ces derniers mois par des prises de participation et des sauvetages spectaculaires, y compris dans le secteur bancaire. Ce sont des acteurs de poids puisqu’ils gèrent 3500 milliards de dollars (fin 2008).

La stratégie de placement de ces énormes fonds d’Etat est pourtant assez opaque et peu rentable. Fotak et Veljko (2008) ont par exemple montré que le rendement moyen des stratégies d’achat («buy and hold») de 16 fonds souverains était décevant (-41% deux ans après une transaction). Le besoin, pour les milieux de recherche, de mieux comprendre leur fonctionnement et leurs objectifs est donc considérable.

Un travail de l’Université de Harvard se penche précisément sur 29 fonds souverains d’Asie, du Moyen Orient et des pays occidentaux et analyse leur stratégie dans le private equity. Au total, 2662 investissements sont passés au crible entre 1984 et 2007.

Ils comparent notamment les fonds souverains avec une présence décisionnelle de politiciens à ceux qui confient les mandats d’investissement à des experts externes. Le quart des fonds implique des leaders politiques et 28% des conseillers externes.

Les chercheurs observent que les fonds avec la présence de politiciens investissent davantage dans le pays d’origine (44% des transactions) que ceux dont les politiciens sont absents (31%). Les fonds avec gérants externes investissent moins dans le pays d’origine (8%) que ceux dont les gérants externes sont absents (36% en moyenne).

Les chercheurs obtiennent des résultats particulièrement robustes sur le plan statistique. Ils montrent qu’avec l’implication de politiciens dans le fonds souverain, le rendement est notablement moins bon qu’avec des gérants externes. Il est négatif avec des politiciens et positif avec des gérants externes. Le critère porte sur l’évolution du multiple du bénéfice un an après l’achat d’une participation.

Avec des politiciens, les fonds souverains investissent dans des industries «chères», c’est-à-dire dans des secteurs dont le multiple du bénéfice (PER) est élevé. Si le mandat est confié à des gérants externes, ils investissent dans des industries à multiple bas (PER).

Sur le plan général, les fonds souverains suivent fidèlement les tendances. Ils investissent sur le marché local lorsque les prix des sociétés sont plus chers (en termes de PER) et à l’étranger si les multiples sont plus élevés.

Des différences majeures apparaissent entre les fonds. Les fonds souverains occidentaux sont plus petits en moyenne (40 milliards de dollars) que les fonds asiatiques (132 milliards) et moyen-orientaux (124 milliards).

La vaste majorité des investissements directs des fonds souverains asiatiques vise l’Asie (75,7%), mais bien peu dans le seul pays d’origine du fonds (37,4%). Au Moyen-Orient, l’essentiel est investi à l’étranger et seulement 7% au niveau local. Pour leur part, les fonds souverains occidentaux privilégient bien plus nettement l’économie locale (94%).

La plus faible performance des fonds avec des leaders politiques s’explique par leur moindre sophistication et par les distorsions des processus d’investissement. Leur critère répond davantage à des objectifs politiques (exigences sociales par exemple).

D’autres études (Swensen en 2009) ont déjà montré l’impact négatif des contraintes d’investissement et des critères de décisions parfois très rigides dans les placements institutionnels. Certains critiquent notamment les incitations salariales et le manque d’autonomie des gérants.

A l’avenir, la recherche devrait poursuivre l’analyse des objectifs d’investissement des fonds souverains et particulièrement de leur structure d’organisation. Plusieurs observations laissent supposer que les considérations géopolitiques jouent un rôle majeur.