Sport

Le football chinois sommé de mettre de l'ordre dans ses finances

La fédération chinoise veut lutter contrer les dépenses «irrationnelles» des clubs, majoritairement déficitaires

Depuis quelques semaines, les clubs de football sentaient que le vent allait tourner. Jeudi passé, la Fédération chinoise (FCF) est passée à l’action. Un plan en dix-huit points a été annoncé pour «combattre les dépenses irrationnelles et laver l’image de la première division chinoise», a dit jeudi le directeur de la FCF, Yu Hongchan. Les transferts de joueurs étrangers, pour des montants records sont visés, mais pas seulement. La Fédération souhaite aussi remettre de l’ordre dans les finances des clubs.

La baisse du nombre de joueurs étrangers autorisés à jouer a fait les gros titres de la presse chinoise, d’autant qu’elle est intervenue la semaine de l’arrivée de Carlos Tevez au Shanghai Shenhua. Agé de 33 ans, le joueur argentin vient de quitter le club de Manchester United pour un contrat de 43 millions de francs, soit 830 000 francs par semaine, indique la presse chinoise. A son arrivée, Carlos Tevez a démenti ce chiffre, mais refusé de communiquer un autre montant.

Le cas de l’argentin n’est que le dernier d’une série qui a visiblement poussé la FCF à agir. En décembre, le brésilien Oscar dos Santos Emboaba abandonnait Chelsea pour le Shanghai SIPG. Il y a quadruplé son salaire puisque son transfert a atteint 64 millions, un record en Asie. L’été dernier, l’arrivée dans ce même club de son compatriote Givanildo Vieira de Souza, dit «Hulk», pour un montant proche avait aussi fait la Une. Au cours de la dernière saison des transferts, début 2016, les clubs chinois ont dépensé quatre fois plus qu’un an plus tôt, dépassant les sommes engagées dans la première division anglaise, pourtant réputée la meilleure du monde.

L’exemple de l’AS Rome

Alors que les médias chinois parlent d’une «bulle», la Fédération a décidé de s’attaquer au mode de fonctionnement des clubs. «Ils doivent avoir un système financier indépendant», écrit la FCF, qui veut réduire le soutien que leur apportent leurs actionnaires. Plus de la moitié des clubs de premières divisions sont contrôlés par des groupes immobiliers, relève Nielsen dans un rapport sur le football chinois publié l’an dernier. C’est le cas du plus connu, le Guangzhou Evergrande, contrôlé à 60% par le constructeur Evergrande, et Alibaba (40%). «Les investisseurs ont perçu le potentiel des clubs en termes de développement des villes et des espaces autour des stades», à la manière de ce qu’a fait l’AS Rome, souligne le cabinet d’étude.

Autre élément d’inquiétude, tous les clubs ou presque sont dans les chiffres rouges, selon les calculs de sohu.com, un site d’information chinois. Les recettes progressent, y compris en termes de fréquentation, mais pas suffisamment pour payer les joueurs. Cela ne surprend guère James Porteous qui couvre le football chinois pour le South China Morning Post: «Je crois que les groupes qui investissent dans les clubs y voient davantage un moyen de plaire à Xi Jinping qu’une façon d’assouvir une passion pour le jeu.» Le président chinois, qui se revendique fervent amateur, a fait du football une priorité nationale. Il veut que la Chine se qualifie pour la coupe du monde et, à terme, organise puis remporte l’événement.

Favoriser l’éclosion de talents locaux

La Fédération chinoise a aussi annoncé vouloir lutter contre le «yin-yang», ces dessous-de-table versés pour éviter de payer des taxes, ou encore les matchs truqués. Elle a aussi annoncé embaucher des auditeurs pour surveiller les comptes des clubs. L’an dernier, la Fédération a pris son indépendance du gouvernement, comme le préconise la FIFA. Cependant, ses décisions sont perçues comme étant dictées par Pékin, qui n’apprécie guère l’extravagance de ces dépenses. «Les clubs ont été peu consultés», confirme James Porteous.

Pour l’heure, peu de clubs ont réagi. Le Hebei Fortune FC a toutefois annoncé la semaine passée prêter un de ses joueurs, un Français, au club espagnol Deportivo La Corogne. De quoi répondre à l’autre objectif de la FCF, favoriser l’éclosion de talents locaux, et ainsi venir en aide à l’équipe nationale. Classée 81e au rang mondial, elle enchaîne les défaites et risque de ne pas se qualifier pour la coupe du monde de 2018.


111 parcours de golf fermé

Dans la Chine de Xi Jinping, le golf n’a pas les mêmes faveurs que le football, dont le développement est une priorité nationale. En 2004, la Chine ne comptait que 200 parcours, alors que l’élite, cadres du parti communiste compris, se passionnait pour ce sport. Douze ans plus tard, le pays en recense, ou plutôt en recensait, 683.

En début de semaine, la Commission d’Etat chargée du développement et des réformes a fait le bilan de cinq ans de traque aux terrains de golf illégaux ou construits de manière irrégulière. Bilan: 111 parcours ont été fermés, et 11 autres l’ont été volontairement, selon la commission. Depuis 2015, les membres du parti n’ont plus le droit de jouer au golf, une interdiction parmi d’autres prises par Pékin pour lutter contre la corruption.


Lire aussi:

Publicité