Le ralentissement économique conjugué à la force du franc se transforme en un cocktail explosif pour l'industrie suisse. Lundi, le fabricant de machines d'emballage Bobst a révisé à la baisse ses prévisions. En plus d'une croissance en perte de vitesse, l'évolution des taux de change a eu un impact négatif de l'ordre de 50 millions de francs sur le chiffre d'affaires du mois de septembre, indique le groupe vaudois dans un communiqué. Une baisse des entrées de commandes est constatée dans ses trois segments d'activité, à savoir la boîte pliante, le carton ondulé et les matériaux flexibles. «Cette tendance s'observe dans toutes les régions du monde», précise l'entreprise lausannoise.

Fourchette revue à la baisse

Au final, le chiffre d'affaires de Bobst devrait se limiter entre 1,65 et 1,7 milliard en 2008, sans tenir compte de variations de change supplémentaires. C'est nettement moins que le montant de 1,74 milliard de francs cité par le groupe vaudois auparavant. Pour faire face au recul de ses entrées de commandes, le groupe envisage différentes mesures. Parmi celles-ci, les activités confiées à des entreprises externes pourraient être réintégrées au sein de Bobst. Les employés seront encouragés à prendre des vacances en début d'année prochaine. Le recours au travail à temps partiel est aussi évoqué. Des licenciements ne sont, eux, envisagés qu'en dernier recours, souligne Andreas Koopmann, directeur général de Bobst, cité par l'agence AWP.

L'avertissement sur résultats de Bobst s'ajoute à une série de mauvaises nouvelles récentes. Mercredi dernier, le groupe industriel Liebherr a indiqué vouloir introduire en décembre des mesures de chômage partiel sur son site de Bulle où il emploie 660 personnes. Jeudi, le géant industriel ABB a, certes, publié un chiffre d'affaires en augmentation de 22% au troisième trimestre. Ses entrées de commandes, en hausse beaucoup plus modeste de 7% entre juillet et septembre, ont suffi à faire décrocher le titre de plus de 18% en une seule séance. Sulzer résiste pour le moment avec des entrées de commandes en hausse de 4,8% après neuf mois. Les chiffres du conglomérat OC Oerlikon ont, eux, déçu avec des ventes en recul de 7,4% par rapport à 2007 et des entrées de commandes en baisse de 17%.

A contre-courant, le groupe genevois SGS actif dans la certification a confirmé lundi ses objectifs pour l'exercice en cours.

Le récent regain de vigueur du franc par rapport à l'euro sonne-t-il le glas des années de forte croissance pour l'industrie suisse d'exportation? L'appréciation de la monnaie helvétique pénalisera surtout les petites et moyennes entreprises qui produisent en Suisse, mais exportent essentiellement dans la zone euro. Pour les grandes sociétés, le tableau mérite d'être plus nuancé, souligne Christoph Ladner, analyste chez Kepler Capital Markets.

Hedging naturel

Pour le spécialiste du secteur de l'industrie, deux types de sociétés sont à distinguer. «Certaines firmes comme ABB, Sulzer ou Rieter sont naturellement protégées à l'encontre des effets de change», souligne-t-il. En effet, «ces groupes produisent et vendent à la fois une grande partie de leur production dans la zone euro. Les variations de change ne modifient de ce fait pas leurs marges, seuls les volumes sont affectés.» A l'inverse, des entreprises telles que Bucher Industries, Meyer Burger ou Komax seront, elles, davantage pénalisées par un franc fort. Faut-il redouter un effondrement des entrées de commandes pour les entreprises? L'analyste se veut rassurant. «Nous assistons à un ralentissement des entrées de commandes mais à partir de niveaux très élevés. La tendance reste encore positive.»