Politique monétaire

La force de l’euro contrarie la BCE

La Banque centrale européenne ne pourra ignorer l’appréciation de la monnaie unique ainsi que quelques signes de ralentissement, dont la chute de l’indice PMI, qui sont récemment apparus dans la zone euro

La réunion de la Banque centrale européenne (BCE) ce jeudi à Francfort ne sera de loin pas une séance de routine. Malgré la ferme reprise de la zone euro depuis fin 2017 et la baisse du chômage, quelques nuages sont récemment apparus dans le ciel européen. Par ailleurs, comme l’explique Grégory Claeys, économiste à l’institut Bruegel, un centre d’analyse politique et économique basé à Bruxelles, la force de l’euro est l’une des fragilités que les gouverneurs ne pourront ignorer. Il s’échangeait mardi à 1,22 dollar, contre 1,08 dollar il y a une année. De quoi réduire la compétitivité des exportations.

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«A ce stade, la BCE ne va vraisemblablement pas modifier son plan de sortie du programme d’assouplissement monétaire», explique Grégory Claeys. Il s’agit du rachat de dettes publiques et privées à hauteur de 30 milliards d’euros par mois jusqu’à la fin de l’année. Selon Mathilde Lemoine, économiste en cheffe du Groupe Edmond de Rothschild, la sortie ne pourra être que très graduelle, d’autant que la dette des entreprises a fortement progressé dans plusieurs pays de la zone euro. Par ailleurs, les analystes ne s’attendent pas au premier relèvement du taux d’intérêt depuis 2011 avant fin 2019.

Coup de mou

Lors de sa réunion de jeudi, la BCE débattra sans doute aussi de quelques indicateurs économiques qui ont montré un coup de mou ces derniers mois. Plus particulièrement, l’indice des directeurs d’achat (PMI) s’est rétracté pour le troisième mois consécutif en avril.

Grégory Claeys relève un problème structurel de la zone euro, qui peut fragiliser la reprise: sa dépendance de l’extérieur. «On peut se targuer d’un excédent commercial de 4%, dit-il. Mais celui-ci peut fondre à la première occasion, suite à une crise économique aux Etats-Unis ou en Chine par exemple.»

Risques sur les exportations

Et de poursuivre: «Un euro fort renchérit les importations, ce qui peut aider à relever l’inflation. En revanche, il peut aussi impacter les exportations et la reprise.» Mathilde Lemoine anticipe même un ralentissement marqué de la croissance en 2018. «La France devrait être particulièrement touchée car ses exportations sont plus sensibles à la variation de la monnaie unique que celles de l’Allemagne ou de l’Espagne», dit-elle. Selon plusieurs analystes, le dollar devrait continuer à se raffermir du fait de la politique monétaire proactive de la Réserve fédérale américaine. Celle-ci envisage entre trois et quatre hausses des taux en 2018.

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«La BCE est aux prises avec une deuxième fragilité qui empêche l’inflation d’atteindre sa cible de 2%, poursuit l’économiste de Bruegel. L’emploi s’est amélioré sensiblement ces deux dernières années, mais de façon équitable au sein des 19 membres de la zone euro.» En effet, avec un taux de chômage de 4%, l’Allemagne est en situation de plein-emploi, alors qu’en Espagne, en Italie et en Grèce il est au-dessus de 15%. Résultat, il n’y a pas de hausse salariale comme on pourrait s’y attendre en Allemagne, ce qui aurait contribué à faire remonter l’inflation.

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