Exercice de style incontournable – souvent peu concluant – dans la presse, jeudi, pour faire écho au rachat de Lucasfilm par Disney pour 4 milliards de dollars. Wall Street Journal? «Dark Vador a un nouveau maître: Mickey Mouse». Le Monde? «Dark Vador, Obi-Wan Kenobi et Maître Yoda vont rejoindre Mickey, les Aristochats et le Roi lion». Le reste est histoire de gros sous. Selon le Wall Street Journal, l’idée aurait été pour la première fois abordée par George Lucas et Robert Iger – le directeur général de Disney – lors de la réouverture d’une attraction dédiée à la «Guerre des étoiles» dans le parc de Disney World en Floride, il y a un an et demi.

Combien cela fait exactement, 4 milliards? À peu près le total des recettes de projection en salles des six épisodes de «Star Wars», entre 1977 et 2008 au niveau mondial ajoute le Journal. The Economist, rappelle que si «Star Wars a été un succès de box-office, les droits de la commercialisation de produits dérivés ont généré des recettes trois fois supérieures». Un analyste cité par The Telegraph chiffre à environ 140 millions de dollars les recettes générées sur la seule année 2012 par les jouets de la Guerre des étoiles.

Le complot n’est jamais loin. «Est-ce que Disney et George Lucas cachent quelque chose?» titre le magazine New York, se demandant pourquoi un accord à 4 milliards est annoncé alors qu’une «catastrophe naturelle monopolise l’attention des médias» américains. L’une des réponses avancées? «Le deal est un raté financier». Disney «ne rachète pas Lucasfilm pour ce qu’il a déjà permis de gagner mais pour ce qu’il pense en tirer à l’avenir», poursuit le magazine. Ce qui est beaucoup plus incertain: il faudra que «les fans continuent d’acheter tout ce qui porte la marque Star Wars et qu’une nouvelle génération les rejoigne».

Le Financial Times balaie ces soupçons. Ce rachat par Disney apparaît comme le point d’orgue de la stratégie de son patron, Robert Iger, qui met la main sur des œuvres déclinables «en films, série TV, produits de grande consommation ou parc d’attractions». Exemple avec l’acquisition de Pixar pour 7,4 milliards en 2006. Celle-ci pouvait «assurer une grande variation de licences; des films comme Toy Story donnant naissance à des jouets, des figurines et d’autres épisodes». Le troisième volet, sorti après l’acquisition de Pixar par Disney, généra plus d’un milliard de dollars d’entrées, du jamais vu pour un film d’animation. Exemple avec le rachat de Marvel, pour 4,2 milliards en 2009, après que la société «eut prouvé avec Iron Man qu’elle pouvait faire sauter le box-office et livrer aux foules des films d’action à un prix raisonnable», poursuit le FT. «Les Avengers », la suite produite après le rachat par Disney fera des petits; «Thor» et «Captain America» sont déjà dans les tuyaux. Pour le quotidien financier, «le message» des trois dernières acquisitions réalisées par Disney à coups de milliards est clair: «minimiser les risques de la production cinématographique, activité connue pour son coût et ses aléas».

The Telegraph rappelle cependant le récent flop de «John Carter», production dans laquelle Disney a perdu 200 millions de dollars, le plus gros revers accusé ces dernières années sur un film. Cela a coûté son poste au patron des studios Disney quelques semaines plus tard. «Cet échec souligne de manière embarrassante combien il reste difficile – et coûteux – de produire des films à même de générer des profits durant des années», ajoute le quotidien britannique. «Le bilan des franchises qu’ils ont développé maison reste très contrasté», ajoute un autre analyste. Comme l’écrit The Economist, «Que la force soit avec toi, Mickey».