Le Temps: 50 000 GI’s sont encore en Irak, mais doivent quitter le pays d’ici à la fin 2011. L’inspecteur général spécial pour la reconstruction de l’Irak estime que les forces irakiennes ont de sérieuses lacunes pour assurer la sécurité…Hussein Chahristani: Américains et Irakiens ont convenu d’une chose: d’ici à la fin de l’année, il n’y aura plus de soldat américain sur sol irakien. Quant aux forces irakiennes, je vous surprendrai en vous disant qu’au cours des six derniers mois, elles ont mené seules toutes les opérations antiterroristes, sans le soutien de soldats américains. Bien sûr, nous avons bénéficié des renseignements américains, mais nous sommes autonomes. Les forces irakiennes ont à leur actif certaines des principales arrestations de responsables d’Al-Qaida. La sécurité s’améliore Ce fait n’a pas manqué de surprendre les Etats-Unis. Ceux-ci nous ont toutefois aidés quand il s’est agi de cibler une grosse pointure d’Al-Qaida. – Le gouvernement d’unité nationale est en fonction depuis quelques semaines. Dans la rue irakienne toutefois, les violences sectaires entre chiites et sunnites continuent, avec plusieurs centaines de morts en ce début d’année. – C’est le premier gouvernement irakien où est représenté tout le spectre politique du pays. Tous les groupes politiques présents au sein du gouvernement sont prêts à collaborer, même si nous n’avons eu pour l’instant que cinq à six réunions de cabinet. Tout le monde s’engage à ce que ce nouveau gouvernement réussisse à résoudre les problèmes qui minent le pays, à fournir les services requis par la population et à combattre le terrorisme qui demeure présent avec Al-Qaida et les Baathistes de Saddam (Hussein). Mais le nombre d’attaques, de morts et de blessés a sensiblement diminué en 2010 par rapport aux deux années précédentes. Les actes de terrorisme contre des installations pétrolières et des oléoducs ont diminué de plus de 80%. – Certains disent que le gouvernement du premier ministre Nouri al-Maliki, un chiite, est une marionnette de Téhéran. – On dit tout de l’Irak. Pour certains, c’est une marionnette de l’Occident, pour d’autres de l’Iran. De fait, onze ministres de ce gouvernement sont issus de la liste Iraqiya qu’on taxe souvent d’être anti-iranienne. Il y a des factions, comme celle des Sadristes (ndlr: du nom de leur leader Moqtada Sadr, qui a fait un bref retour en Irak avant de retourner voici peu en Iran) qui a développé des liens étroits avec Téhéran. Il est de toute façon important pour l’Irak de conserver de bonnes relations avec l’Iran avec lequel nous partageons des frontières communes, une histoire parallèle, des tribus apparentées de part et d’autre. Chaque année, 2,5 millions d’Iraniens viennent en pèlerinage sur les lieux saints du chiisme en Irak. Nous avons des intérêts sécuritaires et économiques communs. Mais nous avons des bonnes relations avec nos voisins arabes, la Turquie, la Syrie. De plus en plus de pays vont réaliser à l’avenir que l’Irak va devenir un phénomène unique au Moyen-Orient, qu’il va être reconnu et respecté. Nous sommes déjà très fiers du processus électoral qui a eu cours l’an dernier. Nous avons eu des élections vraiment démocratiques. Dans la région, il y a bien des élections, mais elles sont loin d’être démocratiques. – Le chef radical chiite Moqtada Sadr, bête noire des Américains est revenu en Irak avant de retourner en Iran. Pourquoi? – Il est en effet revenu à Najaf un certain temps. Selon ses déclarations officielles, il est retourné en Iran pour finir ses études religieuses. – Comment vivez-vous les événements d’Egypte et de Tunisie? – C’est la première fois qu’on assiste au Moyen-Orient à un soulèvement populaire qui ne peut pas être étouffé par les généraux ou des groupes d’intérêts susceptibles de créer un nouveau système antidémocratique, à une transformation démocratique. J’espère que cela va encourager d’autres régimes de la région à mener les réformes qui s’imposent et non pas à se contenter de retouches cosmétiques. En Egypte, le président Moubarak a essayé d’apporter des changements cosmétiques au système. Cela ne satisfait pas les Egyptiens. Que la région se démocratise est une évolution très positive susceptible de renforcer la stabilité. A l’avenir, les peuples ne sont plus prêts à accepter des régimes qui ne reposent pas sur le choix des gens.