Gestion

Les forces qui pèsent sur les gérants indépendants

Subissant déjà une baisse de leurs marges, les gestionnaires externes devront probablement doter leurs structures de ressources supplémentaires. Des solutions se profilent déjà sur le marché.

Au premier semestre 2016, 50% des gérants indépendants (GFI) affichaient un recul de leurs revenus d’exploitation et 44% une baisse de leurs avoirs, selon la dernière enquête conjoncturelle de la Fondation Genève Place Financière. Avec dans les deux cas un quart de sondés supplémentaires pour qui l’activité était stable. Ces chiffres illustrent la difficulté d’obtenir de la croissance pour les quelque 3000 gérants externes actifs en Suisse, qui détiennent une part de marché estimée entre 11% et 15%. Une importance qui devrait demeurer stable, estiment des spécialistes, malgré les importants vents contraires qui pèsent sur la gestion indépendante.

Côté revenus, les gérants externes subissent les pressions qui touchent l’ensemble de la place financière. Les régularisations de la clientèle européenne en particulier provoquent un tassement des masses sous gestion et, mécaniquement, un recul des honoraires de gestion.

Moins de rétros, plus de robots

Les GFI sont aussi en train de perdre une source de revenu qui pouvait être importante pour certains d’entre eux: les rétrocessions. Le versement de commissions par les vendeurs de produits que le GFI achète pour le compte de ses clients est toujours permis, pour autant que les clients soient informés. Mais ce modèle semble en perdition. «Certains fabricants de produits refusent déjà de verser des rétrocessions et le vent de l’histoire pousse vers leur disparition, afin de lutter contre les conflits d’intérêts, elles sont par exemple interdites en Grande-Bretagne», analyse Yvan Mermod, de KPMG.

Troisième vecteur de pression sur les revenus, la concurrence des solutions «low cost», basées sur les technologies financières («fintech»). Des «robo advisors» sont capables d’effectuer tout le travail de sélection des produits en tenant compte du profil du client, de ses objectifs, de sa fiscalité etc. Encore embryonnaires en Suisse, des solutions de ce type se sont déjà largement développées aux Etats-Unis par exemple, et pourraient prendre des parts de marché aux intermédiaires financiers suisses, dont les GFI.

Exigences structurelles

Côté charges, les coûts d’audit et de compliance ont pris l’ascenseur ces dernières années, sous l’effet du renforcement de la réglementation. Et ce n’est pas fini, pour les gérants externes. Le projet de lois sur les services financiers et sur les établissements financiers (LSFin et LEFin) soumettra probablement les GFI à une autorisation, à une surveillance renforcée et à des exigences structurelles. Comme c’est déjà le cas pour les gérants de fonds depuis la révision de la Loi sur les placements collectifs de capitaux (LPCC), en vigueur depuis 2013, les GFI pourraient devoir se doter de spécialistes de la compliance ou d’un conseil d’administration indépendant à l’horizon 2018.

Cette période critique engendre aussi des innovations touchant le secteur. En matière de tarification, des offres «All-in» se multiplient. Comparables aux forfaits pratiqués dans la téléphonie, ces packages ne visent pas uniquement à faire baisser les tarifs, explique Omar Shokur, responsable des intermédiaires financiers chez CA Indosuez Wealth Management: «La tarification s’en trouve simplifiée et transparente, le client sait exactement ce que sa gestion lui coûtera. Mais il est souvent difficile de comparer les différentes offres, car elles n’incluent pas forcément les mêmes éléments, frais de dépôt ou de courtage par exemple».

Tarifications et technologies

Un moyen pour les GFI de retrouver leurs niveaux de revenus d’avant la renonciation aux rétrocessions serait d’augmenter leurs commissions de gestion et de convaincre les banques d’abaisser leurs tarifs. Mais ce n’est pas la seule direction que semble prendre le marché, poursuit le spécialiste. A l’avenir, il prévoit également que des solutions technologiques émergeront pour permettre aux GFI d’offrir un service plus complet et plus sûr. Par exemple des outils transmettant simultanément des ordres aux différents dépositaires utilisés par les gérants externes, ce qui augmenterait la productivité tout en réduisant le risque d’erreur humaine.

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