La discrétion n’est pas un frein à la croissance. Souvent inconnue du grand public malgré ses 200 employés, Geneva Management Group (GMG) ne cesse de croître sous la direction de Dave Elzas.

Ce Genevois d’adoption et Belge d’origine a cofondé cette société de gestion de richissimes familles (multi-family office) en 2000 avec son collègue Newman Leech. Ils ont été rejoints par des figures de l’économie suisse, notamment Patrick Sulzer, un descendant de la famille industrielle.

Un doublement en dix ans

Le groupe a plus que doublé sa taille depuis la crise financière. Il gère 3 milliards de francs d’actifs pour 200 employés (60 en 2015), après s’être diversifié dans la gestion institutionnelle en 2019, avec l’arrivée d’anciens spécialistes d’IAM et de la caisse de pension de Nestlé, puis l’entrée au conseil d’administration du professeur René Sieber (qui fut un membre fondateur de Dynagest et qui enseigne la gestion obligataire en tant que professeur titulaire à l’Université de Genève). GMG Institutional y a obtenu la place de numéro un en actions suisses selon un consultant zurichois.

L’immobilier compte pour une part importante des activités du groupe et représente entre le tiers et la moitié des revenus. Comme dans ses autres spécialités, il y présente une stratégie entrepreneuriale et souvent contrarian qui le conduit à s’écarter des modes. Dave Elzas a par exemple préféré la stabilité de l’immobilier suisse aux marchés plus spéculatifs tels que Londres ou New York.

«Ingénieur de formation, je suis assez cartésien dans mes réflexions», nous déclare-t-il lors d’une interview au siège central de la rue Ferdinand-Hodler. Entré dans la finance au service d’une grande fortune israélienne, il crée un family office dans les années 1990. Très vite, il constate l’existence de deux marchés distincts, pour les investisseurs privés et pour les institutionnels. «Mon idée a été de créer un pont entre les deux, par exemple en introduisant une méthode plus professionnelle et plus institutionnelle dans l’établissement des bilans des family offices, pour leur permettre de négocier avec les banques et d’engager des crédits.»

D’ailleurs, c’est par les banques qu’il apprend à connaître la Suisse, «à apprécier sa rigueur et ses compétences, ainsi que son sens pragmatique». Dave Elzas entend profiter de l’image suisse associée au nom de la société. «Aujourd’hui, je suis encore plus convaincu de sa valeur qu’avant», ajoute-t-il.

Structures professionnelles

Au cours des deux décennies à la tête de GMG, il convainc très tôt ses clients des besoins de structures plus professionnelles (avec reporting et audit) et d’une approche onshore des affaires financières, c’est-à-dire d’une localisation du compte dans le pays du client. Dès le début de GMG, Dave Elzas se lance dans l’immobilier. Il investit alors en Suisse. «Les rendements semblaient trop bas par rapport aux gains en capital de Londres ou de New York. Mais le ratio entre le rendement immobilier et le taux d’intérêt des crédits était plus sain qu’ailleurs. En comparaison internationale, le marché suisse était attractif», avance-t-il.

A cause de la loi Koller, il investit alors dans l’immobilier commercial et industriel plutôt que dans le résidentiel. L’approche est opportuniste. Par exemple, le siège du groupe qui a été acheté au début de la crise financière a été revendu deux ans plus tard après un léger assainissement. Credit Suisse a prêté l’argent de l’acquisition, estimant toutefois que le prix était surfait. Or, dix-huit mois plus tard, Credit Suisse AM l’a racheté à un prix supérieur à celui payé par GMG, «après quelques transformations», précise Dave Elzas.

Après la crise financière, les clients préféraient des baux à long terme et un rendement fixe. GMG investit alors dans toutes les contrées du pays, toujours selon une approche opportuniste et un horizon d’environ cinq ans. La société investit aussi à Londres et au Portugal. «Nous couvrons tous les spectres de l’investissement immobilier, en commençant par le risque de développement, le plus grand d’entre eux, et gérons 800 millions de francs, à Londres, dans des projets de développement, au Portugal mais aussi dans la zone industrielle à Meyrin», annonce-t-il.

Au total, GMG compte «quelques centaines de clients, dont une vingtaine de family offices, soit des familles qui suivent le groupe tout au long de ses investissements», indique le directeur général. Ceux-ci forment un véritable réseau. «Les clients deviennent des partenaires en affaires ou des investisseurs dans les biens d’autres clients», révèle Dave Elzas.

Son approche de l’investissement est celle de l’entrepreneur, tant dans l’immobilier qu’ailleurs. GMG a par exemple investi dans les actifs numérisés dans l’immobilier, à travers Wecan Tokenize, à Genève (20 millions déjà investis).

Engagements dans la gestion d’actifs

Dans l’asset management, GMG s’est développé à la demande des clients (des caisses de pension suisses et étrangères). Ce pas stratégique répondait aussi au besoin d’une plus grande transparence du bilan, des coûts et des divers investissements. L’affiliation à la Finma a été l’aboutissement de ce processus. «L’indépendance de GMG est totale à l’égard des banques, des courtiers et des produits de gestion», avance Christophe Julen, responsable de l’asset management institutionnel.

Cet esprit entrepreneurial nécessite une vitesse d’exécution supérieure à celle des grands groupes. La commercialisation du fonds en small & mid-caps suisses s’est faite le 12 mars, durant la baisse historique du marché. Un timing réussi. La performance actuelle depuis cette date dépasse déjà les 20%. Dans un grand établissement, des freins décisionnels auraient empêché une telle décision. «C’était aussi un pari sur l’avenir des sociétés suisses en temps de crise», ajoute Christophe Julen.

La société SIG Combibloc par exemple est saine, innovante et à la pointe de l’investissement durable, révèle-t-il. Zur Rose, qui se traite au plus haut, appartient aussi aux principales positions. «Leur innovation reste dynamique malgré la pandémie», justifie Marc-Christian Bollet, par ailleurs membre du groupe de travail du Swiss Sustainable Finance pour l’établissement des standards ESG.

La performance est au rendez-vous. Le résultat du portefeuille équilibré atteint 16,4% en 2019 (contre 11,3% pour l’indice LPP 40) et le fonds Swiss Small & Mid-Caps surperforme de 12% l’indice de référence en 2019 et de 3% en 2020.

«Les contraintes liées à l’approche institutionnelle se révèlent un atout», selon Mathieu Saint-Cyr, responsable de l’asset management. La Finma demande de prévoir un plan de continuité de la gestion en situation de crise. Plutôt que d’y voir un handicap, «c’est un moyen de stabiliser le modèle», pense-t-il. L’approche institutionnelle a aussi l’avantage d’un horizon à long terme. «Nous savons que les marchés restent cycliques. Plutôt que d’être attentiste, mieux vaut investir», conclut Dave Elzas.