Depuis qu'UBS est cotée à la Bourse de New York (16 mai), la banque doit se plier à la transparence anglo-saxonne. Pour la première fois cette année, elle publie des chiffres détaillés trimestriellement. Elle a adapté ceux de l'an dernier pour pouvoir faire des comparaisons. Son rival, le Credit Suisse Group, qui donnera ses résultats semestriels le 31 août, projette de s'y mettre aussi l'an prochain, sans toutefois qu'une cotation de son titre aux Etats-Unis soit pour l'instant à l'ordre du jour. Les résultats trimestriels sont sans pitié pour les grands groupes qui les adoptent. Ils permettent de prendre le pouls régulièrement de la marche de leurs affaires. Et celui d'UBS bat irrégulièrement selon ses divisions, ou encore faiblement pour sa masse sous gestion.

Succès d'UBS Warburg

Sur les six premiers mois de l'année, UBS a vu son bénéfice net augmenté de 84% à 4,268 milliards de francs. Mais sur le seul deuxième trimestre, la banque a enregistré un bénéfice après impôts à 2,052 milliards de francs, en recul de 7% par rapport aux trois premiers mois de l'année. C'est la division UBS Warburg, la banque d'investissement du groupe qui a contribué le plus aux résultats d'UBS. Pour elle seule, son bénéfice trimestriel avant impôts s'est inscrit à 1,212 milliard. «C'est une division très rentable», estime Eric Favre, analyste à la Banque Edouard Constant. Les rumeurs du marché qui ont fait état d'une éventuelle cession de cette division par le groupe se sont évaporées, sans compter qu'UBS Warburg est définie comme le «bébé» de Marcel Ospel, le grand patron d'UBS, considérée également comme la «vache à crème» du groupe.

Autre pilier de la banque, son unité UBS Suisse, qui profite de la reprise économique du pays. Avec un bénéfice avant impôts de 1,411 milliard de francs, elle enregistre une augmentation de 33% (par rapport au deuxième trimestre 99). Sa section Clientèle privée et Entreprise a affiché un record de 526 millions de francs, soit une augmentation de 7% par rapport au premier trimestre 2000 (+78% en comparaison avec le deuxième trimestre 99).

En revanche, les résultats du Private Banking sont décevants et souffriraient encore des revers de la fusion. Le bénéfice de 885 millions de francs est inférieur de 19% aux chiffres du premier trimestre. La baisse des recettes de courtage serait notamment à l'origine. «C'est peut-être aussi l'effet Internet, mais le transfert de clientèle sur la Toile est encore difficile à quantifier», estime Susan Walther, de la banque Bordier & Cie. En tout cas, la banque affirme que 506 000 clients ont conclu des contrats de e-banking et que plus de 18% de l'ensemble des ordres de paiement et 11% de toutes les transactions boursières d'UBS Suisse sont traités via les canaux e-banking. Autre argument pour expliquer le résultat décevant du Private Banking. La rotation des gestionnaires de fortune au sein de la banque n'est pas du goût des clients qui préfèrent s'adresser à la même personne pour gérer leurs affaires.

Reste qu'UBS souffre principalement du départ de certains gros clients de sa division institutionnelle qui ont retiré 20 milliards de francs suisses. La caisse de retraite américaine «California Public Employees'Retirement System» citée par l'agence Bloomberg ou encore le départ du deuxième plus important fonds mutuel américain Vanguard Group ont fait reculer la masse sous gestion de 3%, passant à 1,711 milliard contre 1,767 milliard au 31 mars de cette année (1,744 au 30 juin 99). Luqman Arnold, le chef des finances du groupe a toutefois déclaré que la banque faisait de gros efforts pour améliorer la situation, rappelant que la fusion des sociétés de gestion institutionnelle Philips & Drew (ex-UBS) et Brinson Partners (ex-SBS), annoncée en mars dernier, s'inscrivait dans cette ligne.

«Là encore, c'est les difficultés dues à la fusion qui ont des effets sur la gestion institutionnelle, explique Eric Favre. Les grands clients prennent des décisions à long terme, ce n'est donc qu'une onde de choc rétroactive.» Les analystes considèrent toutefois que la banque est sur la bonne voie et attendent les prochains chiffres semestriels pour confirmer leurs prévisions. De son côté, UBS fonde, en tout cas, une partie de ses espoirs sur la fusion annoncée le 12 juillet avec l'américain PaineWebber. Elle l'intégrera dans son unité UBS Warburg, mais il gardera sa marque. La banque compte séduire les 2,7 millions de clients privés aisés ainsi que les institutionnels que lui amène dans son escarcelle le groupe financier américain. Les actionnaires d'UBS se prononceront sur les termes de cette fusion le 7 septembre à Zurich. Prix de l'acquisition: environ 20,9 milliards de francs.