L’inquiétude de la direction de Roche était palpable depuis l’été. Severin Schwan, patron du groupe pharmaceutique bâlois, était conscient que la petite restructuration consécutive à l’intégration complète de Genentech ne suffirait pas à compenser les vents contraires qui s’abattent sur le secteur pharmaceutique. La pression sur les prix dans certains pays européens, principalement l’Allemagne et la Grande-Bretagne, était un phénomène connu et intégré par les entreprises. Il s’est étendu à tous les pays confrontés au fort endettement consécutif à la crise financière. Roche, qui commercialise des anticancéreux dont le coût élevé était jusque là peu remis en question, a soudain été confronté aux mêmes problèmes que ses concurrents.

L’effet Obama

La réforme de la santé aux Etats-Unis, pays où la liberté du marché des prix des médicaments était reine, est sans doute l’élément déclencheur du programme de restructuration de Roche. Certains revers dans la recherche, notamment la constatation que le produit-phare Avastin ne sera pas l’anticancéreux généralisé espéré, ont aussi contribué à durcir le programme de restructuration du groupe. Annoncé dans son principe en septembre, il était pressenti comme une cure d’amaigrissement modérée, qui supprimerait des emplois en douceur dans une proportion relativement modeste.

L’annonce des détails du plan, faite ce matin, surprend par son ampleur. L’objectif d’économies annoncé de 2,4 milliards de francs d’ici 2012 est deux à trois fois plus important qu’attendu. Le processus, qui vise 6300 emplois et la suppression de 4800 postes, soit 6% des effectifs, ressemble à la marche forcée déjà réalisée ces dernières années par les principaux groupes pharmaceutiques mondiaux.

Remaniement complet

Ce programme va au-delà de la cure d’amaigrissement conjoncturelle. Il touche les fondements de Roche et sa stratégie. Cela implique des transferts de compétences, assortis d’une profonde réorganisation de la recherche et développement, et de la production. Genentech et les Etats-Unis deviennent le centre stratégique de la recherche principale du groupe. L’activité «diagnostics» est recentrée en Allemagne. Bâle ne conserve que le tiers des aires thérapeutiques du groupe. La Chine monte en puissance. Roche a donc frappé très fort, beaucoup plus fort que prévu, ce qui suscite la colère des syndicats et du canton de Berne touché par la fermeture du fleuron Disetronic racheté par Roche au moment où les affaires étaient florissantes.

Cette remise à plat complète du groupe est-elle nécessaire alors que la situation financière et le positionnement de la société au sein de l’industrie pharmaceutique sont loin d’être catastrophiques? La question se pose au moment où des milliers de familles sont touchées par des pertes d’emploi.