Les enchères sur la restructuration du marché des arômes et parfums, dont Givaudan est un acteur majeur, sont officiellement ouvertes depuis le 6 décembre, lorsque Manfred Schneider, CEO de Bayer, a annoncé la nouvelle stratégie de l'entreprise allemande. Appelée à devenir une société holding dès 2003, Bayer a décidé de créer quatre filiales (pharma, agroscience, chimie, polymères) qui devront se concentrer sur des activités jugées essentielles et profitables.

L'entreprise allemande a du même coup lancé sur le marché trois entreprises dont elle est totalement ou partiellement propriétaire (Haarmann & Reimer – arômes et parfums; Rhein Chemie – additifs pour plastiques; et PolymerLatex – polymères). L'opération a pour double objectif de permettre à Bayer de se recentrer sur ses corps de métiers principaux et de dégager des fonds nécessaires à la couverture d'une petite partie de l'acquisition de la division agrochimique d'Aventis (lire Le Temps des 4 et 7 décembre).

L'achat de cette division, pour 7,25 milliards d'euros (11,7 milliards de francs), actuellement sous enquête des autorités européennes de surveillance de la concurrence, propulsera Bayer du sixième au deuxième rang de la branche, derrière le Bâlois Syngenta. Les besoins de financement du groupe allemand sont très importants, au moment où il traîne une dette de 14 milliards d'euros, qui représente 140% du chiffre d'affaires annuel de ses seules ventes de produits pharmaceutiques. Bayer est noté AA – dans le domaine de la sécurité des crédits, depuis que l'entreprise a fait savoir qu'elle envisageait de lever un emprunt à court terme de 6 milliards d'euros pour financer la majorité de l'achat d'AventisCropscience.

Werner Wenning, responsable des finances de Bayer, s'est fixé pour objectif de réduire la dette à 11 milliards d'euros. Dans ce contexte, le succès de la vente de trois sociétés – particulièrement celle de la filiale allemande Haarmann & Reimer, estimée entre 1,5 et 2,4 milliards d'euros – est particulièrement important pour Bayer, mais également pour les autres acteurs du marché des arômes et des parfums, qui sera complètement remodelé par cette vente. Selon l'édition allemande du Financial Times, l'entreprise chimique allemande Degussa est vivement intéressée par l'acquisition d'une partie de Haarmann & Reimer. La filiale de Bayer réalise un chiffre d'affaires annuel de 865 millions d'euros dans le domaine des parfums et des arômes, qui entrent dans la composition de nombreux aliments. L'entreprise est de taille importante si on la compare à Givaudan, numéro deux du secteur avec un chiffre d'affaires annuel de 2,4 milliards de francs, dont 52% dans le domaine des arômes.

Les responsables de Givaudan n'ont pas été en mesure, hier, de confirmer leur intérêt, sans doute aussi grand que Degussa, à l'acquisition de Haarmann & Reimer. Les chances respectives des deux sociétés sont difficiles à évaluer. Givaudan, qui vole de ses propres ailes depuis sa séparation de Roche en juin 2000, bénéficie d'une plus grande solidité financière que Degussa, un groupe chimique en pleine restructuration, qui a affiché – à périmètre comparable et après élimination de facteurs extraordinaires – une perte de 7 millions d'euros au troisième trimestre 2001, contre un bénéfice de 101 millions durant la même période de l'an 2000.

Degussa a pour avantage d'être un partenaire bien connu de Bayer, notamment parce que les entreprises possèdent en commun PolymerLatex. Pourtant, seul le secteur des arômes intéresse Degussa, alors que Bayer pourrait préférer vendre en bloc Haarmann & Reimer. Le titre Degussa gagnait 3,65% lundi à la clôture, un point au-dessus de l'indice DAX, alors que les actions Bayer et Givaudan progressaient en phase avec la moyenne de leurs places boursières respectives.