Le covid accroît les inégalités et accélère les mutations structurelles, dit-on souvent. Les prévisions économiques présentées jeudi par l’institut BAK Economics en visioconférence n’échappent pas à ces tendances.

La reprise est certes en marche. L’économie suisse a même refait les deux tiers du terrain perdu, selon Alexis Bill-Körber, responsable des prévisions macroéconomiques. Après avoir perdu 16,8 milliards de francs au premier semestre (9,2%), elle en a regagné 11,6 milliards (+7%) au 3e trimestre. L’économie suisse dans son ensemble ne dépassera le niveau de 2019 qu’à la fin 2021.

Cette évaluation de la situation est corroborée par une enquête publiée jeudi pour la première fois de manière coordonnée par l’ensemble des Chambres de commerce et d’industrie de suisse latine (FR, GE, JU, NE, TI, VD, VS) auprès de plus de 2’100 entreprises. Réalisée entre mi-août et mi-octobre, l’étude montre que 41% de toutes les entreprises (47% dans l’industrie et 38% dans les services) tablent sur une marche des affaires médiocre à mauvaise dans les six mois. L’an prochain, 15% des entreprises prévoient de supprimer des emplois et 13% d’en créer (stabilité chez 79% des employeurs). En matière de salaires, 64% des entreprises ne prévoient aucune hausse en 2021 (47% en 2020).

Au sein des branches, Michael Grass, économiste auprès du BAK, annonce des écarts considérables pour 2021. La gastronomie et la culture ne dépasseront leur niveau d’activité de 2019 qu’en 2023. Par contre, les sciences de la vie, l’administration publique et les technologies de l’information (ICT) ont l’avantage de dépasser dès cette année leur niveau d’affaires de l’an dernier. La santé et les affaires sociales y parviendront l’an prochain. La plupart des branches économiques franchiront ce cap en 2022, soit le commerce (de détail et de gros), les biens d’équipement, les biens de consommation, la construction, la finance et les services aux entreprises.

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Le rebond sera d’autant plus éloigné que la chute enregistrée au 2e trimestre a été forte. Elle fut de 70,1% dans la gastronomie, de 54,1% dans l’horlogerie, alors que la production pharmaceutique augmentait de 11% par rapport au trimestre précédent.

Les prévisions conjoncturelles sont naturellement fonction des hypothèses utilisées, surtout à l’ère du covid. Le BAK estime que l’assouplissement significatif des mesures de protection (masque, distance sociale, grands événements) n’interviendra qu’avec le vaccin, un moment qui se produira à la mi-2001 selon l’institut. Les forces économiques ne seront donc libérées qu’au deuxième semestre.

Le scénario central

Le PIB devrait donc baisser de 0,6% au 4e trimestre 2020, légèrement rebondir en début d’année 2021 (+ 0,5%). Mais la hausse ne s’accélérera qu’au 3e trimestre (+1,7%).

En vertu de ce scénario, le PIB baissera de 3,8% en 2020, gagnera 3,3% en 2021 et 3,6% en 2022 (sur base ajustée des grands événements sportifs). Cette performance sera d’ailleurs nettement supérieure à celle de la zone euro (-7,3% en 2020 et + 4,3% en 2021). Mais la reprise de ces prochains mois n’empêchera pas le taux de chômage d’augmenter en début d’année pour grimper jusqu’à 4,1%.

Scénarios alternatifs

Les économistes bâlois présentent aussi un scénario plus pessimiste, lequel suppose une aggravation de la situation sanitaire et l’introduction de nouvelles restrictions économiques. Malgré l’assouplissement qui interviendra au milieu de l’année prochaine, le PIB reculerait de 4,1% en 2020 et le rebond ne serait que de 1,1% l’année prochaine. La reprise ne serait significative (4,4%) qu’en 2022.

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Un scénario plus optimiste, en cas d’allégement rapide des restrictions ces prochaines semaines, se traduirait par un recul du PIB de 3,7% en 2020 et une hausse de 5,5% l’année prochaine.

En résumé, d’ici la fin 2021, la perte totale de PIB due aux restrictions liées au covid atteindrait 76 milliards de francs selon le scénario de base, 51 milliards en cas de reprise rapide et 108 milliards si la 2e vague s’intensifie.